«Une semaine plus tard...
- Angie, tu as tout vérifié ? Il n'y a plus rien nulle part ?
- Lena, ça fait la troisième fois que tu me poses cette question en cinq minutes ! Oui j'ai tout vérifié et non il ne reste plus rien nulle part, chérie.
Je m'affale sur le canapé, épuisée. Dans un quart d'heure il nous faudra quitter cette maison où nous avons passé tellement de bons moments, et cela me fait mal au c½ur... J'entends une voiture se garer dehors et des portières s'ouvrir. Il semble que mes parents soient déjà là. Une larme coule sur ma joue, mais je me relève. J'attrape Angie par le bras, je rassemble nos affaires, et nous allons nous installer dans la voiture. Je passe l'heure de trajet le regard fixé sur la vitre. La déprime m'envahit et j'ignore pourquoi, hormis notre départ. Nous déposons Angie chez elle et je me contente de lui adresser un signe de tête en guise d'adieu. Je rentre chez moi et le copain de Val m'apprend qu'il a fait une tentative de suicide. J'ai la subite impression de m'être faite assommer par une gigantesque enclume. Des larmes coulent de mes yeux presque sans que je m'en aperçoive, je place ma tête entre mes mains, malheureuse. Je tiens tellement à lui, c'est inimaginable, pire qu'un frère. Pour me changer les idées, je décide d'aller prendre une douche. Après tout, une bonne douche ça a toujours fait du bien et fait disparaître les idées noires. Je me glisse sous la douche, ravale mes larmes... Tout me remonte à l'esprit. J'ai l'impression de ne plus être assez là pour Angie, tout m'abandonne, est-ce que je l'aime encore ?... Evidemment que je l'aime encore, comment est-ce que j'ose me poser cette question !!!! J'ai l'impression d'être enfermée dans une minuscule boîte qu'est la vie, j'étouffe et la mort est la seule sortie... Tout me paraît si noir... Je sors de la douche puis y rentre à nouveau avec une lame de rasoir. Je m'assieds dans le bac, ma lame en main. Je me la passe sur le poignet, insiste un peu, trois gouttes de sang coulent, seulement trois gouttes... C'est assez. Je n'en veux pas plus. Je ne cherche pas à me faire du mal, je veux juste savoir que je peux contrôler ma vie, que j'ai le contrôle, que personne ne me manipule, que je suis capable d'agir sur moi comme je l'entends... Je continuerais presque, mais je pense à Val et je m'interdis de faire ça. J'essaye de me relever, ma vision se brouille, je ne vois plus que du noir, je n'entends plus la radio qui raisonne dans la salle de bain, je me cogne la tête à une paroi de la douche et sombre avec envie dans l'inconscience.
Tout est noir. Noir et blanc. Je suis là, seule, dans une pièce noire. Je reconnais la cave. Celle où mon père m'a enfermée lorsque que j'étais enfant, le dos en sang, pendant deux jours sans manger ni boire. Mais j'ai mon âge actuel. Devant moins, une cigarette. Je la fume, doucement, en regardant les cicatrices que je me suis laissées sur tout le corps. J'observe une photo d'Alex, à moitié brûlée, par terre devant moi. Lorsque ma clope est entièrement consumée je l'écrase à terre et je saisis la seringue devant moi. Elle est pleine. En tremblant légèrement je me pique dans le coude. Une sensation de bien être m'envahit immédiatement. Je suis bien... Je prends la photo d'Alex en main et ferme les yeux, prête pour un long voyage...
Lorsque je me réveille, je broie et je vois du noir partout. Il n'y a plus de musique. J'ai un bref sursaut d'angoisse, mais j'entends mes parents crier en bas, quelque chose à propos de la machine à laver... J'en conclus que les plombs ont sauté. Lorsque la lumière revient, je vois de fins filets de sang sur le sol de la douche. Plus rien ne coule de mon poignet mais les restes de ma connerie sont là, sous mes yeux. J'ai soudain honte. Je ne dois plus faire ça pour me prouver quoi que ce soit !! C'est une mauvaise méthode, c'est une horrible méthode. Je devrais aimer ma vie ! Je devrais être heureuse de pouvoir la vivre ! Alors pourquoi n'est-ce pas le cas... Je retourne dans ma chambre, je pense à ma brève « vision ». Pourquoi ai-je vu ça ? Je ne fume pas, la drogue me répugne. Je n'ai pas de photo d'Alex sur papier et mon enfermement date d'il y a plusieurs années. Depuis, chaque pied que je remets dans la cave est une déchirure... Je ne sais pas quoi faire, je tourne en rond dans ma chambre. Je pense à Val, à Alex, à Angie... Val, Alex, Angie... Val, Alex, Angie ! Je n'en peux plus, je pourrais me frapper la tête contre un mur pour que tout ça s'arrête ! Je ne sais même pas si quelqu'un pourrait m'aider... Mais je n'ai pas besoin d'aide, n'est-ce pas ? Je vais parfaitement bien ! Je me souviens que je disais la même chose mes premiers jours à l'hôpital... J'ai envie de parler à quelqu'un, mais j'ignore qui...
Je décide de dessiner. Je dessine une elfe. Une majestueuse princesse elfe. La pointe de mon crayon porte mon dessin, mes rêves, ma gomme efface ma peine... Je vais mieux. Je décide de me reprendre en main. Je fais une liste de choses à changer... Que je finis par raturer. Tout ça n'a aucun sens. Comment quelqu'un peut-il autant s'ennuyer ? J'aimerais être avec Val en fait... Oui, je crois que j'aimerais être avec lui... J'ai peur que l'amitié que j'ai pour lui ou avec lui n'empiète sur ma relation avec Angie. Mais pourquoi ai-je tout à coup peur que tout empiète sur notre relation ?!? Elle n'est pourtant pas si fragile ! Je crois que dans le fond c'est moi qui suis fragile... Je repense aux derniers évènements de ma vie. Aux dernières personnes que j'ai rencontrées. A mes dernières joies, mes dernières déceptions. Puis toutes ces pensées quittent ma tête. Alors je décide d'écrire. J'écris, j'écris, j'écris encore, autant que je peux, jusqu'à ce que je sois totalement vidée de toutes mes pensées, de tous mes sentiments, de tout ce qui me turlupine... Mais je suis interrompue par la sonnerie de mon portable. Un peu à l'ouest, je mets quelques secondes à le trouver. Puis je le prends en main. Un nom s'affiche sur l'écran. Un nom... La bouche grande ouverte d'étonnement, ébahie, je décroche... »
L.F.