Episode 33

Episode 33
« Je suis allongée là, sur mon lit, quand j'entends des petits coups à la porte d'entrée. Je me lève difficilement et vais ouvrir la porte, bien que je sache déjà qui se trouve derrière. Angie me saute dans les bras, et je lui offre un immense sourire. Quel bonheur de la retrouver là, comme ça, chez moi !! Et non pas dans ma chambre d'hôpital. Elle se recule un peu pour me détailler de haut en bas. Je porte un baggy noir avec un débardeur noir Calogero, qui d'ailleurs est à elle. J'ai natté mes cheveux toute la nuit car ils étaient mouillés, ils encadrent donc mon visage en de belles boucles châtain. Mes yeux sont soulignés de noir et mes paupières maquillées de fard noir. J'ai le teint blanc de quelqu'un qui n'est pas sorti depuis longtemps, et si je ne suis plus maigre je reste néanmoins très mince. Elle relève les yeux vers moi et me fait un grand sourire avant de m'embrasser passionnément. Je m'accroche à elle telle la moule à son rocher et la serre fort dans mes bras. Puis je l'entraîne dans ma chambre. Je m'assieds en tailleur sur mon lit et elle s'installe à côté de moi.

« - Alor
s, ça va Lena ?
- Oui... O
n va dire que ça peut aller...
- Qu'est
-ce qu'il ne va pas ?
- Je
ne sais pas vraiment... Tout s'enchaîne... J'ai l'impression d'avoir été prise dans un tourbillon infernal...
- Je v
ais t'en sortir mon c½ur, je te le promets...
- Et p
uis je m'en veux de les avoir laissées là-bas... Morticia... Marie...
- Je sai
s, j'ai vu que tu tenais beaucoup à elles, mais tu vas les revoir !
- Oui, tu
as raison... »

Je la pren
ds dans mes bras. C'est LA que j'aurais dû tout lui dire ! Mais je n'ai pas pu... Je n'ai pas su... Je dois le faire, maintenant ! Je prends mon courage à deux mains et prends faiblement la parole.

« - Angie
... J'ai quelque chose à te dire...
- Q
u'est-ce qu'il y a ma chérie ? »

Mon d
ieu, je suis affreuse ! Elle est si gentille, si attentionnée, et moi je l'ai TROMPEE !! Marie, je crois que cette fois je te hais vraiment. Le pire c'est que c'est ELLE qui s'est jetée sur moi ! La vie est injuste.

« -
Angie, tu te rappelles de Marie ?
- Oui
, bien sûr, pourquoi ?
- E
h bien... Je ne sais pas pourquoi, mais... »

Arghhh
hhh, je ne peux pas !!!! Je ne peux pas lui dire ça maintenant !!

« - ... Eh
bien elle ne me manque pas du tout !
-
J'espère que moi je t'ai manquée !
- Et
comment, tu n'imagines même pas... »

Voilà, je ne l'ai pas dit... Lena, tu es une nulle !!! Une nulle !!!
Mon pens
age intensif s'arrête là. Angie me caresse une joue, puis m'attrape le visage et m'offre un long baiser. Sa main descend sur moi, je frémis sous ses caresses... Elle passe sur ma poitrine, s'y attarde un peu, puis caresse mon ventre, mes côtes... Elle ouvre la braguette de mon baggy, glisse sa main dans mon string... J'ouvre grand les yeux de surprise, puis m'abandonne au plaisir. Je gémis doucement, puis plus intensément. De son autre main, elle enlève mon débardeur puis mon pantalon, tout en m'embrassant. Mais là je l'arrête. Je panique. Je ne suis pas encore prête pour ça, pas maintenant ! Tout s'enchaîne, je ne suis plus...

« - Arrête,
Angie... Je suis désolée, mais je... Je ne suis pas prête pour ça, tu comprends ?... Je... Je ne suis plus là, tout va trop vite...
- Bien sû
r que je comprends chérie, j'ai tout le temps qu'il te faudra !
- Merci mo
n amour... Je te jure que ça n'a rien à voir avec toi, mais je ne suis vraiment pas prête...
- Je
sais, bébé, je sais. Il n'y a pas de problème ! »

Je lui sour
is tendrement et l'embrasse. A ce moment, la sonnette de la porte d'entrée retentit. Angie sursaute, nous savons toutes les deux que c'est sa mère qui vient la chercher. Nous nous habillons aussi vite que le caribou allumé, et puis nous sortons de la chambre très naturellement.
Angie
m'embrasse une dernière fois puis sort. Je lui fais signe quand elle entre dans la voiture, et je la vois s'éloigner. Et voilà, je ne lui ai toujours pas dit ! Je m'en veux encore plus qu'auparavant, la culpabilité me ronge peu à peu... J'ai l'impression que ça va finir par me bouffer... Je retourne dans ma chambre et mets de la musique, comme si tout était normal, et commence à chantonner aussi gaiement que possible. Mais de grosses larmes ruissellent sur mon visage et mon c½ur est en loques... »

L.F
.

# Posté le dimanche 03 septembre 2006 12:21

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:34

Episode 34

Episode 34
« Les semaines passent, et je garde le silence... J'ai l'impression que je suis entrée dans une pièce que je ne connaissais pas, une pièce sombre et noire, dans laquelle je me perds, et personne ne sait que je suis là... Je m'enfonce dans les profondeurs, un peu plus à chaque pas, et quand j'essaye de retrouver mon chemin je me rends compte que je me suis perdue...

Je de
viens infecte avec ma famille, je me défoule sur eux... Je brise des objets quand je suis énere, j'hurle des insultes... J'ai l'impression de devenir folle !! Le retour au collège se passe mal. J'ai une réputation de folle, tout le monde vient me demander « c'est vrai que tu as fait une cure de désintox' parce que t'es anorexique ? ». Les murmures et les rumeurs naissent sur mon passage, je n'en peux plus... Alors je commence à devenir plus agressive, je tape, je crie, je suis plusieurs fois convoquée dans le bureau du principal pour « Coups et blessures » d'élèves venus se plaindre. Le principal a de nombreuses fois appelé mes parents pour leur dire de me surveiller. Mais moi je m'en fous. J'en ai marre de tout, j'ai l'impression d'avoir trahi Angie, de m'être trahie moi-même...
Un soir mes parents m'appellent dans le salon. Je m'assois à côté d'eux, le regard haineux. Ce n'est pas le moment de m'énerver, et ils le savent ! Ma mère prend la parole, doucement, comme si elle avait peur de moi.

« -
Très bien... Lena... Tu sais, tu es vraiment... Très dure à vivre, depuis que tu es rentrée de l'hôpital...
-
Je sais, et alors ?
- C'
est vraiment difficile pour nous... Pour ton frère et ta s½ur...
- V
enez-en directement au fait ! »

Ma m
ère rougit, et mon père finit par reprendre le flambeau, d'une voix plus grave et dure, comme s'il rassemblait tout son courage pour prononcer ses mots. Je fais réellement peur à mes propres parents ?... Ils ont l'air sérieux, je me demande ce qu'ils sont en train de mijoter... Je ne vais pas tarder à le savoir après tout.

« -
Lena, ce que nous voulons te dire c'est que... Nous avons prit une décision. Irréversible.
-
Quoi comme genre de décision ?
- Nou
s... Nous allons t'envoyer en pension.
- QU
OI ?????
- Ce
n'est pas la peine de discuter, nous avons déjà appelé l'établissement et tu es désinscrite de ton collège régional.
- Mais... Mais vous... Vous n'avez pas le droit de faire une chose pareille !
-
Oh que si ! Tu t'es bien donné le droit de nous pourrir la vie, de faire honte à notre famille en mimant une pseudo maladie. Alors nous avons tout autant de droits que toi en ce moment. Je ne sais pas si tu t'es bien rendue compte des dégâts que tu as causés. Tu piques des crises de colère inexplicables dans lesquelles tu brises tout ce que est à ta portée. Tu hurles sans raison. Tu craches des insultes à la figure de tout le monde. Tu es comme... comme enragée ! Et puis ton collège doit tout le temps nous appeler pour nous prévenir des bêtises que tu as encore faites. Tes notes n'ont jamais été aussi basses. Il est temps d'agir !
- Mai
s... Je peux encore me reprendre !! Je peux changer !
-
C'est trop tard Lena. Dans cet établissement on va bien s'occuper de toi. Tu auras le temps pour travailler, des aides autant que tu en veux. C'était ça où te mettre en asile psychiatrique ! Sois contente que nous ayons opté pour l'internat. En plus il n'est pas mixte. Entièrement féminin. Tu auras l'occasion de te refaire des amies très vite !
- Mes
amies sont au collège ! Je n'en veux pas d'autres !!
-
Tu n'auras pourtant pas le choix. Tu pars ce week-end. Samedi, dans deux jours. Maintenant file dans ta chambre préparer ta valise. »

Je
regarde ma mère. Elle a les yeux bordés de larmes. Je sais que je lui ai fait du mal, mais elle n'avait pas le droit de le laisser faire ça !! Je fonds en sanglots et cours dans ma chambre. Je m'affale sur mon lit. Mon c½ur va exploser de douleur, j'ai la sensation de mourir. Qu'ai-je fait pour mériter ça ?... Cette vie ?... Je crie parce que j'ai mal, je ne peux pas garder tout ça en moi, il faut que ça sorte. Soudain, sans réfléchir, j'enfile mes bottes, passe ma veste en cuir et des mitaines noires. Je prends mon portable, mon IPod et je sors de chez moi en courant. Personne ne songe à me rattraper. Je franchis le portail, et cours, encore et encore, sans savoir pourquoi courir ou seulement où aller. Je m'enfuis, je m'enfuis de cette vie, en espérant atterrir aux Enfers... Je me retrouve en forêt. J'ignore comment je suis arrivée là, mes yeux étaient brouillés et je n'ai pas fait attention à ma route. Je m'adosse à un arbre immense, un chêne je suppose. Je trouve un canif rouillé par terre et grave « douleur » dans le bois de l'arbre. Je grave mes pensées sur ce tronc à défaut que ce soit sur ma peau. La nuit tombe rapidement, les ténèbres, encore, m'envahissent... »

L.F.

# Posté le samedi 23 septembre 2006 13:11

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:34

Episode 31

« Lorsque je me réveille, je suis encore toute habillée, et il fait nuit dehors. Mon portable m'indique 4h28. Je me frotte les yeux, et je retrouve mon baladeur et mes écouteurs par terre. Je me souviens alors m'être endormie avec... Je ne parviens pas à retrouver le sommeil, donc je décide d'aller voir Morticia au Service de Réanimation, où elle est toujours. Ils vont bientôt l'envoyer en Centre pour Enfants Perturbés, et elle y sera désintoxiquée. J'espère qu'ils lui feront perdre aussi l'habitude de se couper, je sais comme c'est inutile et dangereux. Une fois qu'on est entré dans ce cercle vicieux, il faut presque autant de volonté pour en sortir qu'à un alcoolique pour arrêter de boire... Je m'inquiète réellement pour elle, mais dans un coin de ma tête reste toujours la peur angoissante d'avouer à Angie que je l'ai trompée... Si seulement elle savait comme je le regrette !! Et si... Et si je ne lui disais pas ?... Non, c'est impossible, dans un couple on ne se cache rien, et je serais incapable de vivre avec ça sur la conscience, appréhendant chaque seconde qu'elle le découvre. J'arrive devant la vitre menant à la chambre de Morticia. Elle est allongée, pâle comme une morte et d'une maigreur inquiétante, sur des draps aussi blancs qu'elle. Ses longs cheveux s'étalent en une auréole noire autour de sa tête. On la croirait nue sur son lit, et une rose noire issue du bouquet à son chevet, posée sur sa poitrine, assombrit cette sordide image de mort. J'ai l'impression d'être devant un tableau morbide, mais tellement... Beau, majestueux ! Je suis néanmoins un peu déçue, j'aurais espéré qu'elle soit réveillée, que je puisse lui dire au revoir... Mais non. J'entre dans sa chambre et regarde autour de moi. Une chambre comme toutes celles de l'hôpital, sans plus ni moins, juste ce bouquet de roses noires posé sur sa table de nuit. Pas de carte de prompt rétablissement, pas de petits cadeaux ni de dessins. Juste une chambre vide, à l'image de celle qui l'occupe... Un tiroir de la commode est à demi-ouvert, et me permet d'y voir un carnet et un stylo. Je l'ouvre donc pour les attraper, quand j'y vois une liasse de papiers officiels, marqués du sigle de l'hôpital. J'y lis :

«
DEMANDE DE TRANSFUSION

DE : L'hôpital St Maxime
AU : Centre pour Enfants Perturbés
CONCERNANT : Mlle Morticia Grey
MOTIF : Mlle Grey semble présenter de forts troubles mentaux sûrement liés à un évènement de son enfance. De plus, elle présente des signes d'une dépendance aux stupéfiants et à l'automutilation très sévère, voire mortelle. Nous demandons donc son transfert rapidement.

Décision approuvée par les gérants des deux établissements.»

Je sui
s complètement indignée après avoir lu ça. Ils veulent donc l'envoyer là-bas hein ?! Mais Morticia n'est pas une enfant perturbée !! Et elle a définitivement arrêté de se droguer !! Je suis dégoûtée... Je repose les documents à leur place. Morticia les a sûrement vus, et volés apparemment, sinon ils ne seraient pas ici ! Je prends ce que j'étais venue chercher, le carnet et le stylo, et lui écris un petit mot que je place sous le vase des roses.

« Chère Morticia ;
Je su
is désolée de ne pas pouvoir te prévenir en face, mais lorsque je suis venue tu dormais à poings fermés, et je n'ai pas osé te réveiller.
Je
quitte l'hôpital, mes parents me cherchent dans quelques heures pour me ramener chez moi. J'aurais voulu te dire au revoir...
Tu sais
je ne t'abandonne pas pour autant ! Je te donne mon numéro de portable (**. **. **. **. **), Appelle moi quand tu veux, n'hésite surtout pas !
Je pense
à toi, sois forte !
Lena. »


Puis je
sors de la chambre en déposant un baiser sur son front. Elle va terriblement me manquer... Je m'inquiète déjà... Je parcours vite les couloirs aux ombres inquiétantes et je rejoins ma chambre, puis mon lit. Je me pelotonne dans ma couette, bien au chaud, et plaque Cannelle contre moi. Je regarde Marie dormir dans son lit, mes pensées divaguent, je pense à Angie... Puis je vois une larme au reflet doré coulé de l'½il fermé de Marie... Je pleure... Longuement... Pour un peu tout... Morticia... Marie... Et surtout Angie... Et je m'endors enfin...
Le lendemain, B
etty vient me réveiller à 10h30. Elle est tout étonnée que je dorme encore. Je lui répond que j'ai eu une nuit assez... agitée, et elle m'annonce que mes parents sont dores et déjà là. Je m'habille en quatrième vitesse en tâchant de ne pas réveiller Marie. Je demande, par curiosité, qui me remplacera dans ma chambre, et j'apprends que c'est cette fameuse petite rousse si mystérieuse... e traverse les couloirs en suivant Betty, et là je retrouve mes parents, après un si long temps d'attente, dans l'entrée de l'hôpital. Ils parlent avec Monsieur Vernet. Je ne fais pas un pas vers eux, je ne bronche pas. Ma mère se décide enfin à me prendre dans ses bras... Je me laisse un peu aller... »

L.F.
Episode 35

# Posté le dimanche 01 octobre 2006 17:50

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:34

Episode 36

Episode 36
« Mes parents me ramènent finalement chez moi. Ma mère m'a déposé une couverture sur les épaules. Je suis sale, je grelotte. Subitement, après que mes parents m'aient retrouvé, un froid intense m'a envahi. Je claquais des dents. Mes parents m'ont ramenée à la maison, totalement tétanisée.
Depuis, je suis emmitouflée dans ma couette, bien au chaud dans mon lit, et ma petite s½ur frappe toutes les quinze minutes à ma porte pour s'assurer de ma bonne santé. Une semaine plus tard, je suis sur pieds. Et, à mon plus grand malheur, le verdict du médecin annonce que je peux sans difficulté retourner au collège.

Ainsi, le lundi matin, je me retrouve contrainte et forcée, dans la voiture de ma mère, d'aller « m'instruire ». Mais bon, les vacances approchent, et Angie et moi avons prévu de les passer chez ma grand-mère pendant que mes parents seront à Paris. J'en parle à ma mère, justement, pour connaître sa réponse.

«
- Alors, Angie peut venir avec moi chez mamie pendant que vous êtes à Paris ?
- Angie, toujours Angie ! Ecoute je vais être honnête avec toi. Je ne tiens pas à expliquer à mes parents votre relation. Tout le monde l'a remarqué !!!! J'ai des remarques de tous les côtés, ce genre de situations intéresse les gens au plus haut point !! Et puis que tu n'aies même pas daigné m'en parler... J'ai comprit que je vous ai vues vous embrasser sur la bouche, un jour. Et puis j'en ai marre de tout ça, tes sites, tes films lesbiens, un jour je vais craquer !!!! La nature a conçu les hommes et les femmes pour procréer, l'homosexualité est contre nature, sinon les femmes pourraient faire des enfants entre elles et les hommes entre eux.
- Mais... Tu n'as pas le droit de me juger comme ça !! C'est MA vie !! Et elle ne te regarde pas !!! Et puis merci de me prendre pour une imbécile totale, si tu crois qu'on ne saurait pas se cacher chez papi et mamie tu te trompes amèrement.
- Lena, je ne te juge pas, mais ça choque tout le monde ! Même ton frère et ta s½ur, tu sais bien qu'elle est à l'âge où elle copie tout, elle va bientôt croire que c'est normal alors que ça ne l'est PAS ! C'est aussi pour ça que je suis de plus en plus réticente à ce que vous vous voyiez...
- Merci
maman, tu viens de me pourrir la journée... »

Je
sors de la voiture en trombe. Heureusement, le collège est à deux pas. Je suis tellement triste, mais en même temps tellement en colère contre elle qu'elle ne mérite pas mes larmes. Peine perdue, elles roulent sur ma joue comme une avalanche de douleur. Comment peut-elle penser ça de moi ?? Avoir honte de moi comme ça ?? Je crois que je la hais vraiment... Et puis que voulait donc dire tout son petit discours ? Que si je ne rompais pas je n'aurais définitivement plus le droit de la voir ? Je ne peux pas rompre !! Angie est toute ma vie, je ne suis rien sans elle ! Mon dieu, je ne pensais pas qu'un jour je serais dans cette situation, il me faut choisir entre ma famille et ma petite amie... Pourquoi je ne pourrais pas être, pour une fois dans ma vie, NORMALE ?!?
Je m
arche jusqu'au collège en triant les milles questions qui se bousculent dans ma tête. Enfin j'arrive jusqu'à la porte, où ma bien-aimée m'attend. Elle me sourit, elle a l'air de bonne humeur, elle a l'air heureuse. Je me pelotonne dans ses bras et mes larmes roulent sur ses épaules sans qu'elle le voie. Elle finit par s'éloigner de moi pour voir mon visage et aperçoit mes yeux trempés de tristesse. Elle affiche un air surpris et désolé, et me demande immédiatement ce qui ne va pas. Je murmure un petit « rien » tout sauf sincère. Camille est à côté d'elle, elle vient se placer devant moi et me fixe droit dans les yeux.

« - Qu'est-ce qu'il se passe Lena ?
-
Rien du tout, je te promets... »

Je baisse la tête et elle s'éloigne à nouveau, puis elle rentre dans le bâtiment. Angie me prend à part en m'attrapant par le bras et plonge son regard dans le mien. Je ne sais pas quoi dire ni quoi faire. Finalement, les yeux en larmes, je finis par lui expliquer.

«
- Ma mère m'a parlé ce matin dans la voiture... Elle a dit, en gros, que si je ne rompais pas avec toi de moi-même on aurait plus le droit de se voir...
- QUO
I ????
- T
'as très bien entendu...
- Mais
attends elle t'a sortit ça comme ça ?!
-
Ouais...
-
Et t'as rien dit ?
-
Tu voulais que je dise quoi ? Y'a rien à répondre à ça !
- Ma
is je ne sais pas, elle ne t'as sûrement pas dit QUE ça !!
-
Entre autres, avec le fait qu'elle n'en pouvait plus, qu'un jour elle allait exploser, que ça choquait Adrien et Clara, que ce n'était pas normal, et d'autres trucs du même goût quoi, tu vois le genre...
- C'e
st trop abuser qu'elle t'aies dit ça, comme ça, maintenant...
- Oui, je trouve aussi...
- Et.
.. t'as prit quoi comme décision ? »

Je
ferme les yeux... Ma décision... En ai-je vraiment prise une ? Je ne sais pas, j'ai perdu tous mes repères, je n'ai plus aucune confiance en moi, j'ai l'impression qu'elle a brisé tout ce que j'étais, tout ce que je représentais... Je respire un grand coup, consciente de jouer dans ces paroles mon avenir et mon bonheur, et je dis à Angie « J'ai décidé de rompre, qu'on reste amies, on se pourrit la vie... ».

L.F.

# Posté le samedi 14 octobre 2006 12:38

Episode 37

« - Lena, que... qu... Qu'est-ce que tu as dit ??
- Qu'on se faisait du m
al ensemble...
- Tu n'as
pas le droit de penser ça !!!!
- Je n'ai pas le
choix Angie... »

Je la r
egarde s'effondrer. J'ai si mal ! Je pense qu'elle n'imagine même pas comme mon c½ur se consume peu à peu au rythme de ses pleurs. N'y tenant plus, je me baisse et la prend dans mes bras. Je ne l'ai jamais vu dans un tel état. Ses yeux dégoulinent de tristesse, ses épaules ont l'air lourdes comme si elles supportaient toute la peine du monde, son visage fané comme une rose ayant trop mal vécu... Sa gaieté, son sourire, son charme, sa joie de vivre, tous ses talents... Je n'en vois aucun à présent... Tout ça à cause de moi, de ma famille, de ce gâchis... De cet amour interdit, de ces paroles blessantes... Est-ce que tout ça a vraiment le droit de gâcher notre amour ? Est-ce qu'on mérite ces blessures si profondes ou si insignifiantes parfois ? Est-ce que la différence rime avec « sans défenses » ? Ai-je vraiment envie de me laisser faire, de me faire dicter ma vie par des gens qui me détestent ?

Toutes ces que
stions interminables qui hurlent dans ma tête, portées par une voix surhumaine... Par une force surpuissante... J'aimerais plutôt mourir que de continuer à les entendre, qui me hurlent mille et une choses dans l'esprit. Je prends ma tête entre mes mains comme pour crier ma peine au monde, je crois devenir folle de tristesse, de chagrin... Je revois dans mon esprit mille et uns souvenirs passés avec elle, qui font déborder mes yeux de larmes. Je m'efforce de ne pas les laisser couler, je me l'interdis ! Je ne suis pas là pour me préoccuper de me propre tristesse. Je tire Angie jusqu'à l'intérieur du collège. Elle est réellement détruite. J'essaye de lui faire comprendre que je n'ai pas le choix, que je n'y peux rien, que je ne le voudrais pas non plus mais que c'est sûrement ça qu'on appelle « destin »...

Nous nous asseyons à l'écart des autres, isolées pour pouvoir parler.

«
- L... Lena, pourquoi tu me fais ça ? Tu sais bien que tu comptes plus que tout pour moi !
-
Oui je sais, Angie...
- Mais al
ors p... Pourquoi ?!?!?
- Je n'a
i pas le choix !!
- O
n a toujours le choix...
- Pas
cette fois-ci... Ma mère m'a posé un ultimatum, apparemment elle en a marre de toutes ces « lesbiennités », elle veut que ça cesse... C'est ça où elle nous interdira de nous voir, plus jamais tu entends ???? Alors qu'est-ce que j'aurais dû faire ? Dis moi ! Eh bien moi j'ai préféré qu'on puisse encore se voir, même amies !
- Ben oui
, forcément...
- Voil
à ! Alors je suis désolée mon amour, je t'aime plus que tout, vraiment, mais je vais devoir faire comme si ce n'était pas le cas ! Et toi aussi !
-
Mais... Mais... Ce n'est pas juste !!!
-
Non, évidemment que ce n'est pas juste ! Mais la vie n'est jamais juste... »

Je bai
sse la tête, consternée de devoir faire un tel choix... Puis la sonnerie retentit.
Blasée, je me mets en route vers ma salle de classe, toujours les yeux rivés au sol, plongée dans mes pensées. Angie me suit, des larmes ruisselant toujours sur ses joues rouges. Je suis perdue, je voudrais qu'on me montre la voie, qu'on me guide sur le chemin que je dois emprunter ! Aidez-moi, quelqu'un, quelque part ! N'importe où, mais quelqu'un, quelque chose, un signe...
Résigné
e, j'entre dans ma salle de maths. Une heure de torture. Insupportable. Premier retour dans cette salle depuis l'hôpital. Ma prof me lance une expression désolée, comme si elle regrettait fort que je sois folle. Comme si ses yeux me disaient « C'est regrettable, on aurait pourtant dit que tu étais saine d'esprit ! », comme si je l'avais trahie d'une quelconque manière. Je lui réponds d'un violent regard vengeur, je transmets toute ma colère dans mes iris en espérant qu'elle la reçoive... Ma tristesse aussi, en guise d'échappatoire, de bouc émissaire. Où trouver les réponses à mes questions ?
Je perd
s peu à peu mon identité, au fil de mon assouvissement. Qui suis-je ? Je ne suis plus « homo sans complexe », je ne suis plus Lena, je ne suis plus la petite amie de Angie, alors qui suis-je ? Je ne suis même plus sûre d'exister tant ma douleur est forte... Mes yeux sont flous, mon regard est vide, je vis comme dans un rêve, embrumée, partie là-bas, très loin, dans la stratosphère, dans l'univers, dans l'infini... Angie est à côté de moi, mais je ne sens pas sa présence, je ne sens plus mon pouls ni mon c½ur battre... Ma vie s'est échappée, mon âme a fanée... je suis ternie, sèche, froide. Je me sens comme une criminelle ayant des remords après plusieurs meurtres : immonde. Horrible. Infréquentable. Je me sens partir, comme si je voyais une volute noire s'échapper de tout mon être, tournoyant dans les airs, sans savoir où se poser ; hésitant entre Enfer et Paradis, entre sagesse et horreur ; une voix toute puissante me soufflant la direction, mais que je n'entends pas ; un Guide tant attendu, qui me punit pour l'avoir ignoré. Cette fumée noirâtre vole, flotte, je l'aperçois sans parvenir à la toucher... Dois-je la suivre ? Ou rester ici ? Mais où suis-je ? Et qui suivre ? Quelle est cette apparition, cette chose immatérielle ? Soudain la réponse me saute aux yeux, comme une décharge électrique entrant dans tout mon être, si frappant que je m'étonne de ne pas l'avoir remarquée plus tôt, d'être ignorante.

C'est
mon âme... »

L.F.
Episode 37

# Posté le samedi 18 novembre 2006 04:30

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:34