« Quand j'entre dans la cantine, le chahut me saute à la figure. Partout on rit, on crie, on discute... A une table je vois Jeanne, Jeannie et Jeannine, en train de se mettre du vernis à ongles mutuellement. Bien évidemment elles ne touchent pas à leur plateau. A une autre, Morticia mange toute seule, un baladeur sur ses oreilles. J'aperçois dans le fond de la salle Marie et Elizabeth assises avec une petite rousse à l'air familier... Je fronce les sourcils. Je suis certaine de l'avoir déjà vue quelque part... Puis je me souviens. Elle était là, la première fois que je suis entrée dans la salle où nous avons nos réunions collectives. Puis, au moment de dire son nom, elle avait disparu... Betty m'emmène chercher mon plateau. Je choisis un repas très léger, pour que je sois sûre de bien tout manger. En passant, je vois Vanessa, Bailey et Ihsane attablées ensemble. Je regarde longuement Marie, en pleine discussion avec la petite rousse, et Elizabeth, qui me fait de grands signes pour que je vienne avec elles. Mais je repense aux larmes d'Angie devant moi et Marie, alors je m'avance, l'estomac noué, vers la table de Morticia. Je ne lui ai jamais parlé, mais je me dis que ça ne doit pas être très agréable de manger seule. Je pose donc mon plateau sur sa table, et elle lève les yeux vers moi. Je suis tout de suite frappée, comme un choc, par ses yeux verts.
« - Euh... Salut ! Je peux m'asseoir ?
- Je t'en prie...
- Hum... T'écoutes quoi ?
- Crucifer, de Eths.
- Ah ok...
- T'ne manges pas avec les autres ? »
Elle fait un signe de tête en direction de Elizabeth. Marie tourne la tête vers moi, les yeux pleins d'incompréhension, et je baisse la tête, comme pour m'excuser. Mais il faut que je m'éloigne un peu d'elle... Il le faut...
« - Euh... Non, je me suis dit que j'allais te tenir compagnie... Tu manges seule tous les midis ?
- Ouais.
- T'es là pour quoi au fait ?
- M'mère m'a envoyé là...
- Pourquoi ?
- Mangeais plus... D'puis qu'mon mec m'a largué... Après y'a eu les tentatives d'suicide... Elle en pouvait plus... Et v'la...
- Je comprends... ça a dû être dur pour toi.
- Ouais.
- Tu crois que tu vas sortir bientôt ?
- Chais pas... Et toi ?
- Je veux sortir le plus vite possible. Ils m'ont déjà arrêté les perfs. Apparemment j'arrête les antidépresseurs dans deux jours.
- Moi j'en prends depuis 4 mois...
- T'es ici depuis quatre mois ?!? Mais t'as déjà arrêté les perfs ? T'as quoi comme traitement ?
- Nan j'les ai pas arrêtées. S'non j'ai plus d'seringue pour mon héroïne.
- Quoi ?!? Tu te drogues ?!?
- Seulement quand chuis trop déprimée.
- Mais les antidépresseurs alors ? Ils te servent à quoi ?
- Rien. Plus aucun effet.
- Mais attends, personne n'a remarqué que tu avais de la drogue ?! Ce n'est pas possible ! Tu la planques où ? Tu te fournis comment ?
- J'la planque dans mes pompes... Mais c'est secret, OK ?
- T'inquiètes.
- C'est mon new mec qui me fournit. C'est lui qui m'a piquée la première fois.
- Quand ça ?
- Y'a quat' mois, juste avant qu'ma mère m'foute ici. C'était chez lui, y'avait un de ses potes et il en a ramené. On avait beaucoup bu, j'étais complètement saoule. Au début j'voulais pas trop, t'vois, mais il m'a planté la s'ringue et là, m'suis vraiment sentie flotter, en liberté comme jamais... Y'avait des papillons, des nuages partout... Et puis après j'ai allumé une clope, et tout s'est envolé avec la fumée... Comme des fantômes gris...
- Tu devrais arrêter, c'est pas bon tu sais...
- Ouais, j'sais, mais bon, v'la quoi... Pas motivée... 'Pis d't'façon j'suis seule... Peux pas toute seule... Et enfermée dans c't'espèce de boîte 'vec les aut' fous...
- Moi je peux t'aider si tu veux !
- Pourquoi t'ferais ça ?
- Parce que je t'aime bien...
- ... »
En sortant de table, j'ai une impression bizarre, mais pourtant je suis heureuse de m'être rapprochée de Morticia. J'ai l'impression bizarre d'avoir fait une bonne action, quelque chose de bien, quoi. Et puis, avec tout ses bijoux piquants, ses longues chaînes argentées qui lui pendent autour du cou et des bras, ses mains ornées de bagues d'argent, ses vêtements entièrement noirs, ses tatouages sur l'omoplate et sur la cheville, ses multiples piercings aux oreilles, sa peau blanche laiteuse, ses longs cheveux noirs et soyeux qui lui tombent sur les hanches, sa taille fine et grande, et ses superbes yeux verts foudroyants, hyponotisants, entre un trait de crayon et du fard à paupières noirs... Je dois avouer qu'elle me fascine un peu. Et puis elle a l'air simple, j'ai envie de l'aider. Je pense à Angie, je souris. Elle aurait fait la même chose. Et elle serait fière de moi, je le sais. »
L.F.
« - Euh... Salut ! Je peux m'asseoir ?
- Je t'en prie...
- Hum... T'écoutes quoi ?
- Crucifer, de Eths.
- Ah ok...
- T'ne manges pas avec les autres ? »
Elle fait un signe de tête en direction de Elizabeth. Marie tourne la tête vers moi, les yeux pleins d'incompréhension, et je baisse la tête, comme pour m'excuser. Mais il faut que je m'éloigne un peu d'elle... Il le faut...
« - Euh... Non, je me suis dit que j'allais te tenir compagnie... Tu manges seule tous les midis ?
- Ouais.
- T'es là pour quoi au fait ?
- M'mère m'a envoyé là...
- Pourquoi ?
- Mangeais plus... D'puis qu'mon mec m'a largué... Après y'a eu les tentatives d'suicide... Elle en pouvait plus... Et v'la...
- Je comprends... ça a dû être dur pour toi.
- Ouais.
- Tu crois que tu vas sortir bientôt ?
- Chais pas... Et toi ?
- Je veux sortir le plus vite possible. Ils m'ont déjà arrêté les perfs. Apparemment j'arrête les antidépresseurs dans deux jours.
- Moi j'en prends depuis 4 mois...
- T'es ici depuis quatre mois ?!? Mais t'as déjà arrêté les perfs ? T'as quoi comme traitement ?
- Nan j'les ai pas arrêtées. S'non j'ai plus d'seringue pour mon héroïne.
- Quoi ?!? Tu te drogues ?!?
- Seulement quand chuis trop déprimée.
- Mais les antidépresseurs alors ? Ils te servent à quoi ?
- Rien. Plus aucun effet.
- Mais attends, personne n'a remarqué que tu avais de la drogue ?! Ce n'est pas possible ! Tu la planques où ? Tu te fournis comment ?
- J'la planque dans mes pompes... Mais c'est secret, OK ?
- T'inquiètes.
- C'est mon new mec qui me fournit. C'est lui qui m'a piquée la première fois.
- Quand ça ?
- Y'a quat' mois, juste avant qu'ma mère m'foute ici. C'était chez lui, y'avait un de ses potes et il en a ramené. On avait beaucoup bu, j'étais complètement saoule. Au début j'voulais pas trop, t'vois, mais il m'a planté la s'ringue et là, m'suis vraiment sentie flotter, en liberté comme jamais... Y'avait des papillons, des nuages partout... Et puis après j'ai allumé une clope, et tout s'est envolé avec la fumée... Comme des fantômes gris...
- Tu devrais arrêter, c'est pas bon tu sais...
- Ouais, j'sais, mais bon, v'la quoi... Pas motivée... 'Pis d't'façon j'suis seule... Peux pas toute seule... Et enfermée dans c't'espèce de boîte 'vec les aut' fous...
- Moi je peux t'aider si tu veux !
- Pourquoi t'ferais ça ?
- Parce que je t'aime bien...
- ... »
En sortant de table, j'ai une impression bizarre, mais pourtant je suis heureuse de m'être rapprochée de Morticia. J'ai l'impression bizarre d'avoir fait une bonne action, quelque chose de bien, quoi. Et puis, avec tout ses bijoux piquants, ses longues chaînes argentées qui lui pendent autour du cou et des bras, ses mains ornées de bagues d'argent, ses vêtements entièrement noirs, ses tatouages sur l'omoplate et sur la cheville, ses multiples piercings aux oreilles, sa peau blanche laiteuse, ses longs cheveux noirs et soyeux qui lui tombent sur les hanches, sa taille fine et grande, et ses superbes yeux verts foudroyants, hyponotisants, entre un trait de crayon et du fard à paupières noirs... Je dois avouer qu'elle me fascine un peu. Et puis elle a l'air simple, j'ai envie de l'aider. Je pense à Angie, je souris. Elle aurait fait la même chose. Et elle serait fière de moi, je le sais. »
L.F.

