Episode 25

« Quand j'entre dans la cantine, le chahut me saute à la figure. Partout on rit, on crie, on discute... A une table je vois Jeanne, Jeannie et Jeannine, en train de se mettre du vernis à ongles mutuellement. Bien évidemment elles ne touchent pas à leur plateau. A une autre, Morticia mange toute seule, un baladeur sur ses oreilles. J'aperçois dans le fond de la salle Marie et Elizabeth assises avec une petite rousse à l'air familier... Je fronce les sourcils. Je suis certaine de l'avoir déjà vue quelque part... Puis je me souviens. Elle était là, la première fois que je suis entrée dans la salle où nous avons nos réunions collectives. Puis, au moment de dire son nom, elle avait disparu... Betty m'emmène chercher mon plateau. Je choisis un repas très léger, pour que je sois sûre de bien tout manger. En passant, je vois Vanessa, Bailey et Ihsane attablées ensemble. Je regarde longuement Marie, en pleine discussion avec la petite rousse, et Elizabeth, qui me fait de grands signes pour que je vienne avec elles. Mais je repense aux larmes d'Angie devant moi et Marie, alors je m'avance, l'estomac noué, vers la table de Morticia. Je ne lui ai jamais parlé, mais je me dis que ça ne doit pas être très agréable de manger seule. Je pose donc mon plateau sur sa table, et elle lève les yeux vers moi. Je suis tout de suite frappée, comme un choc, par ses yeux verts.

« -
Euh... Salut ! Je peux m'asseoir ?
- Je t'en prie...
- Hum... T'écoutes quoi ?
-
Crucifer, de Eths.
- Ah ok
...
- T'ne
manges pas avec les autres ? »

Ell
e fait un signe de tête en direction de Elizabeth. Marie tourne la tête vers moi, les yeux pleins d'incompréhension, et je baisse la tête, comme pour m'excuser. Mais il faut que je m'éloigne un peu d'elle... Il le faut...

« -
Euh... Non, je me suis dit que j'allais te tenir compagnie... Tu manges seule tous les midis ?
- Ou
ais.
- T'
es là pour quoi au fait ?
-
M'mère m'a envoyé là...
-
Pourquoi ?
- Mange
ais plus... D'puis qu'mon mec m'a largué... Après y'a eu les tentatives d'suicide... Elle en pouvait plus... Et v'la...
- Je c
omprends... ça a dû être dur pour toi.
- Ouai
s.
- Tu c
rois que tu vas sortir bientôt ?
- Ch
ais pas... Et toi ?
- Je ve
ux sortir le plus vite possible. Ils m'ont déjà arrêté les perfs. Apparemment j'arrête les antidépresseurs dans deux jours.
-
Moi j'en prends depuis 4 mois...
- T'
es ici depuis quatre mois ?!? Mais t'as déjà arrêté les perfs ? T'as quoi comme traitement ?
- Nan
j'les ai pas arrêtées. S'non j'ai plus d'seringue pour mon héroïne.
- Qu
oi ?!? Tu te drogues ?!?
-
Seulement quand chuis trop déprimée.
- Mais l
es antidépresseurs alors ? Ils te servent à quoi ?
- R
ien. Plus aucun effet.
- Ma
is attends, personne n'a remarqué que tu avais de la drogue ?! Ce n'est pas possible ! Tu la planques où ? Tu te fournis comment ?
- J'l
a planque dans mes pompes... Mais c'est secret, OK ?
-
T'inquiètes.
- C
'est mon new mec qui me fournit. C'est lui qui m'a piquée la première fois.
- Quan
d ça ?
-
Y'a quat' mois, juste avant qu'ma mère m'foute ici. C'était chez lui, y'avait un de ses potes et il en a ramené. On avait beaucoup bu, j'étais complètement saoule. Au début j'voulais pas trop, t'vois, mais il m'a planté la s'ringue et là, m'suis vraiment sentie flotter, en liberté comme jamais... Y'avait des papillons, des nuages partout... Et puis après j'ai allumé une clope, et tout s'est envolé avec la fumée... Comme des fantômes gris...
- Tu de
vrais arrêter, c'est pas bon tu sais...
- Oua
is, j'sais, mais bon, v'la quoi... Pas motivée... 'Pis d't'façon j'suis seule... Peux pas toute seule... Et enfermée dans c't'espèce de boîte 'vec les aut' fous...
- Mo
i je peux t'aider si tu veux !
-
Pourquoi t'ferais ça ?
- Parce
que je t'aime bien...
- ... »

En sortant de table, j'ai une impression bizarre, mais pourtant je suis heureuse de m'être rapprochée de Morticia. J'ai l'impression bizarre d'avoir fait une bonne action, quelque chose de bien, quoi. Et puis, avec tout ses bijoux piquants, ses longues chaînes argentées qui lui pendent autour du cou et des bras, ses mains ornées de bagues d'argent, ses vêtements entièrement noirs, ses tatouages sur l'omoplate et sur la cheville, ses multiples piercings aux oreilles, sa peau blanche laiteuse, ses longs cheveux noirs et soyeux qui lui tombent sur les hanches, sa taille fine et grande, et ses superbes yeux verts foudroyants, hyponotisants, entre un trait de crayon et du fard à paupières noirs... Je dois avouer qu'elle me fascine un peu. Et puis elle a l'air simple, j'ai envie de l'aider. Je pense à Angie, je souris. Elle aurait fait la même chose. Et elle serait fière de moi, je le sais. »

L.F.
Episode 25

# Posté le mercredi 28 juin 2006 10:47

Modifié le mercredi 09 août 2006 16:17

Episode 3

Episode 26
« J'entre dans la voiture à mon père. Marilyne, une fille qui habite dans mon village, est assise à côté de moi. Je ne l'apprécie pas vraiment, trop timide, effacée et sans personnalité à mon goût. Pourtant je l'examine. Comment la regardais-je ? Et maintenant comment je la regarde? Différemment ? Comme une lesbienne ? Non, je ne ressens aucune attirance pour elle... Et n'en ai jamais ressenti. Une chose est sûre : je ne suis pas lesbienne. C'est avec cette idée que je m'efforce de transformer en certitude que je m'installe devant l'ordinateur en rentrant. Je vois avec satisfaction et joie que la fenêtre de conversation de Angie s'ouvre dès ma connection.

«
Ange... : Re, ça va toujours ?
Etoile de l'Ange : Ouais, ouais... »

Malgré moi je
ne suis pas vraiment franche. L'évènement de tout à l'heure m'a plus que troublée et je me demande si elle l'a remarqué, si ça la dérange, si elle a ressenti quelque chose, si elle se pose les mêmes questions que moi...

«
Etoile de l'Ange : Un peu... troublée, on va dire.
Ange... : Troublée par quoi ? Il s'est passé quelque chose ? Avec tes parents ?
Etoile de l'Ange : Mais non... »

Dois-je lui dire
? Ou non ? Va-t-elle me prendre pour une folle ?

«
Ange... : Lena, qu'est-ce qu'il se passe ?!? Je m'inquiète là ! Dis moi !
Etoile de l'Ange : Tu vas me prendre pour une folle...
Ange... : Mais non ! J'te promets ! Dis moi, s'il te plaît, je croyais que tu me faisais confiance ?
Etoile de l'Ange : Je te fais confiance !
Ange... : Alors dis moi... »

Les quest
ions se bousculent toujours dans ma tête, je n'en peux plus, elle va exploser, je vais devenir folle, on va m'enfermer, me mettre en camisole de force... Je dois lui dire, je n'ai pas le choix, si je garde ça pour moi c'est ce qu'il va m'arriver...

«
Etoile de l'Ange : Rien d'important, juste que je vais tourner folle... Tout à l'heure, juste avant que tu partes, quand tu m'as fait un bisou sur la joue, nos lèvres elles se sont frôlées et ça m'a fait trop bizarre, voilà jsais c'est trop débile vu que j'suis sure de pas t'aimer (d'amour, j'précise, enfin de celui là) et voilà, ça me rend dingue.
Ange... : lol, eh oh, tu crois que je vais t'embrasser ou quoi ?!? Ça va pas, c'est quoi ce doute ?!?
Etoile de l'Ange... : Angie, tu le fais exprès d'être naze ou quoi ? C'était pas fait exprès !
Ange... : Roooh, te vexes pas, je le sais... Et je l'ai senti aussi...
Etoile de l'Ange : Mais ne t'inquiètes pas, au cas où tu aurais un doute, je ne suis pas amoureuse de toi, et je ne suis pas lesbienne !
Ange... : Mais moi non plus je ne suis pas amoureuse de toi, je te rassure au cas où ça te faisait peur ! Bref, je dois y aller, ma mère m'appelle pour manger depuis une demi-heure ! A tout à l'heure ma puce. »

Ça ne m'a jamais
fait peur... Je ne sais plus, je crois même que ça m'aurait fait plaisir qu'elle me dise qu'elle m'aime, là... Je suis complètement perdue... Pourquoi est-ce au moment où je croyais enfin m'être trouvée qu'il faut que je m'aperçoive que je me suis trompée ? Que je ne me connais toujours pas moi-même ? Pourquoi est-ce que je me pose autant de questions ? Ai-je ressenti quelque chose ? Je suis sûre qu'elle, elle n'a rien ressenti... Suis-je homo ? C'est vrai que mes relations avec les autres garçons n'ont jamais été très approfondies, et plus basées sur ma peur de les embrasser où d'aller « plus loin » que sur de l'amour réel et sincère. La passion, je n'en parle même pas, je n'ai jamais connue aucune passion quelle qu'elle soit. Je repasse leurs visages dans ma tête. Plus aucun ne m'attire. Le visage d'Angie s'impose alors à mon esprit. Un visage doux, calme, sincère. Derrière sa personnalité que j'aime tant, c'est pour la première fois son physique qui m'attire, comme si elle était devant mes yeux en ce moment, exposée, pour que je puise l'admirer à tout loisir. Sa peau mate et douce, ses gestes posés et tendres, ses grands yeux verts attirants, ses cheveux châtains qui bouclent sur ses épaules, son sourire incomparablement rassurant... Malgré moi un sourire se forme sur mes lèvres. Et si, en fin de compte, j'étais amoureuse d'elle ?... La joie s'empare de tout mon c½ur, mais la réalité la rattrape. Si c'était le cas, il est fort probable que ce ne soit pas réciproque. Mais pourquoi ce geste alors ? Je suis bête, elle a dit elle-même qu'il n'était pas prémédité et encore moins volontaire ! Angie, être amoureuse d'une fille ?... Non, jamais. Elle a déjà eu des dizaines et des dizaines d'expérience, c'est une fille si attachante que n'importe qui s'entiche d'elle et voudrait la garder pour lui tout seul toute sa vie. D'ailleurs son dernier petit copain ne remonte pas à si loin... Mais maintenant que j'y pense, elle était plus souvent avec moi qu'avec lui. C'est vrai que rien qu'à l'idée d'être loin d'elle mon c½ur se déchire. J'ai toujours considéré ça comme de la simple amitié, plus forte que la moyenne mais sans plus. De la fraternité, même, l'envie de la protéger et qu'elle me protège.

Et si en fin d
e compte c'était plus ?... Je n'ai jamais même envisagé une seule seconde la possibilité qu'on s'aime comme un couple et pas comme deux amies. Mais si cela se réalisait... Qu'en penserais-je ?... L'idée d'être homosexuelle ne m'a jamais même effleurée l'esprit, je n'ai jamais rien eu contre les homos mais je ne les ai jamais considérés comme faisant partie du cadre restreint de ma vie. Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs. Mais quand je pense couple, je pense directement homme+femme, jamais homme+homme ou femme+femme. L'idée d'avoir un esprit aussi fermé et stupide que la plupart des gens me dégoûte presque. Si j'aime Angie ? Je n'en sais rien, et même si je l'aimais, et alors ? Si j'étais lesbienne ? Eh bien je m'assumerais en tant que telle, comme j'ai toujours fait dans ma vie. Et si j'aimais Angie... Je me fais vite à cette idée, et dans l'éventualité où ça se révélait vrai, ça ne serait pas plus mal. Je l'intègrerait peut-être avec moins de difficultés... Mais qu'est-ce que je raconte ?!? Je parle d'aimer une fille, là ?!? Et qui plus est, Angie ! C'est quoi ce film, là ?!? Je suis tout ce qu'il y a de plus hétéro, moi !!!!
Et pourquo
i ça aussi ça me revient perpétuellement en tête ? Ce n'est pas une honte d'être lesbienne après tout !! Non, ce n'est pas une honte ! Et si j'aimais Angie... »

L.F
.

# Posté le mardi 04 juillet 2006 18:49

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:34

Absence

Absence
Bonjour à tous !

J'espère que vous suivez toujours mes épisodes avec autant d'attention. Cependant je m'absente jusqu'au mardi 25 juillet pour cause de vacances. Je ne publierais donc rien jusqu'à ce jour.
Mais je vous rassure, un autre épisode est en cours d'écriture ! Il sera publié peu après ma rentrée.
Pour ceux qui souhaitent me poser des questions ou tout simplement me parler, voici mon adresse msn :

lyra.gilsayan@hotmail.fr

Je n'accepterais cependant que les personnes qui m'auront auparavant envoyé un mail avec leur adresse, leur nom, et pourquoi elles souhaitent me parler. Non pas que je n'aie pas confiance en vous, mais j'aimerais éviter les ajouts inutiles.

Je vous annonce également que je travaille sur un autre gros projet en parallère, quelque chose de plus concret et publiable. Pour ceux qui souhaitent des informations supplémentaires, contactez-moi.

Je souhaite à tout le monde de bonnes vacances, profitez-en bien !

Votre auteur ;
L.F.

# Posté le jeudi 06 juillet 2006 10:10

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:34

Episode 27

«- Hein ?!?
- D'a
bord on ne dit pas « hein ?!? », on dit « comment ?!? »

Ça y est
, il m'énerve déjà Atchoum !!! « On dit comment », mais je dis ce que je veux moi ! Je grommelle quelque chose dans ma barbe, qui en Esquimau pur souche signifie sûrement « Mais laisse moi tranquille, thérapeute grisonnant tout droit sorti de Blanche-Neige-Ville-sur-Rivière ! » J'essaye de me donner le plus de contenance possible, mais tous mes efforts sont soudainement réduits à néant par un geste qui me caractérise tout à fait. Je vous explique. Mr Vernet se rapprochant de plus en plus dangereusement de moi, je me pousse peu à peu vers l'autre côté de mon lit, histoire d'éviter de bêtement attraper la gale des orteils. Mais dans mon emportement, je fais un immense bond, un peu style saumon foisonnant, et là je me heurte violemment au mur. Ma tête bascule en arrière et j'ai l'impression de sentir le mur arriver sournoisement par derrière, comme s'il voulait que je me cogne plus fort. Histoire que ma tête passe du statut concombre à celui de compote de concombre. Il est également possible que cette impression un tantinet surnaturelle soit le résultat de mon coup. Le psy ouvre des yeux comme des soucoupes et se précipite encore plus sur moi, alors que c'est justement pour éviter cette déplorable situation que je me retrouve dans cet état. Tout à fait mon genre ça ! Comme il n'a pas l'air décidé à faire quelque chose pour limiter ma souffrance, je tire sur l'espèce de cordelette qui sert à appeler Betty, juste au dessus de mon lit. Cette dernière accourt au moindre coup de grelot et se précipite elle aussi sur moi, mais en donnant un grand coup dans le ventre de Vernet pour qu'il me laisse (enfin !) respirer. Manque de bol, elle se fout dans exactement la même position, mais elle au moins m'emmène à l'infirmerie. Elle ne reste pas plantée là comme un diplodocus, ELLE. Une fois là-bas, elle me pose une compresse de glace sur le crâne, à l'endroit où j'ai maintenant une bosse digne du livre des records.
Puis nous
empruntons le couloir menant à ma chambre, et de là j'aperçois mon psy qui est toujours dans ma chambre. Oh non, il attend sûrement toujours que je lui raconte pourquoi j'ai autant pleuré... Je ne veux pas lui parler !!! Je me tourne vers Betty qui pousse mon fauteuil, les yeux suppliants.

«
- Bett, je dois vraiment y aller ?...
- Eh oui
miss, je suis désolée mais c'est la règle !
-
Tu veux pas me kidnapper ?
- N
on, pas maintenant miss, peut-être un autre jour ?
- Pffff...
»

J'entre donc
dans « ma » chambre, actuellement squattée par ce gros naze de psy. Je suis encore un peu assommée, et ses questions me passent complètement au dessus. Quand il finit par le remarquer, il met fin à la séance dans un grand soupir.

« - Lena, je sais bien que ce n'est pas facile pour toi, mais il faut que tu fasses des efforts ! J'avais prévu de te faire sortir dans quatre, cinq jours maximum. Mais tu vas rester le reste de la semaine encore, pour que je sois sûr que rien ne te bouleverse et que tu ne puisses pas replonger.
- Hein ?! E
uh... Pardon ?! Mais Monsieur Vernet, je vais parfaitement bien ! Rien ne me « bouleverse », et je suis heureuse ! Enfin, je le serais si je pouvais enfin rentrer chez moi...
- Lena... J
e n'ai rien contre toi tu sais... Mais tu vas rester toute la semaine encore. »

Sur ce il p
art en vitesse, comme s'il voulait que je ne dise plus rien. Je suis complètement sous le choc, ébahie. Je n'arrive même pas à pleurer. Pourquoi personne ne me fait confiance ?!? C'est à ce moment que Marie entre. Elle s'assoit sur mon lit, sans bruit, et pose sa main sur ma joue. Elle essuie une de mes larmes, et je plonge mes yeux verts dans les siens, d'un regard grave et pénétrant. Et là, à ma plus grande surprise, elle s'avance doucement vers moi et je sens ses lèvres chaudes et douces se poser sur les miennes... J'ai d'abord les yeux grands ouverts, complètement étonnés et ébahis, mais je finis par les fermer parce que ça me fait loucher, et en fin de compte ça ressemble à un vrai baiser... Quand il se finit, au bout d'un temps qui me paraît une éternité, je la repousse comme si elle m'avait transmis une maladie mortelle. Elle est rouge de confusion, en a presque les larmes aux yeux de gêne. Je bégaie quelques mots pour qu'elle m'explique ce qu'il lui a prit. Qu'est-ce que cela veut dire ?! Est-elle amoureuse de moi ?! Et est-elle seulement homo ?! Je suis troublée...

« - Q
u'est-ce que... Mais... Marie, tu... Qu'est-ce qu'il t'a prit ?!
- Je... n
e sais pas... Excuse moi Lena... Je m'en veux tellement...
- Mais tu... Tu n'as pas de copain ?!
- Pas
exactement...
-
Tu es... homo ?!?!?
-...
- M
arie !!! Après ce que tu as fait j'ai le droit de savoir !
-... Oui... »

Sur ce, elle sort rapidement de la chambre, gênée comme tout. Je ne la suis pas, je pense à Angie... A ce baiser... Et surtout... Dois-je lui dire ce qu'il s'est passé ?... Je suis perdue... Pourquoi m'a-t-elle embrassée ?! Si j'étais sortie plus tôt rien ne serait arrivé ! Marie, pourquoi ?... Car moi... J'aime Angie... Non ?... »

L.F
.
Episode 27

# Posté le jeudi 27 juillet 2006 15:30

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:34

Episode 28

Episode 28
« Je réfléchis toute la soirée au geste de Marie. Je ne sais pas du tout quoi en conclure... A la cantine j'arrive avant elle, et cette fois c'est elle qui n'ose pas s'asseoir à côté de moi. Je la vois s'avancer dans la cantine, son plateau en main. Ses cheveux foncés et brillants ondulent autour d'elle comme un halo, ses yeux bleus immense scrutent la salle et son visage angélique quoique maigre se pare de rouge quand elle m'aperçoit. Elle tourne les yeux, et va s'asseoir près de Elizabeth. J'ai remarqué, quand elle est entrée dans la cantine peu après moi, que sur son bras se sont dessinées de nouvelles griffures... Ses ongles déchiquetés qui avaient légèrement repoussé sont à nouveau brisés, comme si elle avait griffé de toutes ses forces une porte en acier. Je me demande ce qui a pu la faire ainsi « replonger »...
Mes
pensées sont interrompues par l'arrivée soudaine de Morticia. Quand elle apparaît, le silence se fond dans l'atmosphère, les cris et les rires cessent, les conversations meurent, et tous les regards se braquent sur elle, comme si un tueur en série ou une espèce d'animal très rare venait de se téléporter ici miraculeusement. Ces regards permanents dont elle fait l'objet doivent la gêner, je suppose, mais non, elle s'avance, fière et droite, sans faire attention aux autres. Et d'ailleurs elle a raison, car les conversations reprennent d'emblée et le brouhaha revient dans la cantine. A ma grande surprise elle s'installe à côté de moi. Elle me lance un vague « S'lut » et fixe ses écouteurs pleins, sûrement, de métal et de hard rock, dans ses oreilles. Je la regarde un moment. Elle a toujours les mêmes cheveux noirs, mais dedans se reflètent maintenant de longues mèches violet et bleu foncés. Sa peau, toujours aussi blanche, mais ses yeux verts sont rougis et entourés de cernes, comme si les pleurs avaient remplacé le sommeil dans ses nuits. Mais qu'est-ce qu'elles ont toutes aujourd'hui ?!? Je me décide à lui adresser la parole.

«
- Euh... Salut Morticia... Quoi de neuf, ça va ?
-
Ouaip, ça va... Dur de t'nir quand même !
-
Comment ça ?
- Ben jt'ai écoutée... J'ai arrêté l'héro... Mais du coup mon copain m'a larguée... Ç'ma total flinguée... T'magine pas...
-
Oh... Je suis vraiment désolée !
-
Pas ta faute ! Et pis de toute façon c'est plus lui qui m'intéresse...
- Ah
, t'as déjà un autre mec en vue ?
- Na
pas un mec nan... »

Je ma
nque de m'étouffer. Ce service serait-il par hasard un repaire de lesbiennes ?!? Mais elle sortait avec un mec ! Alors ça veut dire qu'elle est bi ?

« - T
u es... bisexuelle ?
- Ou
ais j'suis bi, ouais ! Pourquoi ?
- Po
ur savoir... Et t'as flashé sur qui ? Quelqu'un d'ici ?
-
Ouais !
- Qui
ça ?
- Une infirmière, qu'est toujours avec toi... P'tain la nana, mais carrément trop canon ! »

je suis carrément sous le choc. Betty ?!?!? Morticia craque sur BETTY ?!? Je rêve. Elle est folle cette nana !! Je prends ma tête entre mes mains, les yeux fixés par terre, en me raisonnant pour ne pas éclater de rire, quand soudain j'aperçois une petite flaque de liquide foncé par terre, devant la chaise de Morticia. Du sang ! Je remonte le compte-goutte régulier, et m'aperçois que la manche en velours noir de ma voisine est pleine de sang. Vu la grandeur de la flaque et le peu de temps qu'elle est ici, elle doit être sacrément amochée.

«
- Morticia, c'est quoi cette flaque de sang sous toi ?!
-
Oh... ça... Rien du tout !
-
Morticia !!!! Qu'est-ce que tu as fait ?!?
- Pa
s grand-chose... J'st un peu coupée... Pas grave... Moins qu'd'hab...
- Mont
re moi ton bras !
-
Pas question !
- M
orticia, tu veux que je t'aide ou pas ?
-...
- Alors montre moi ton bras ! »

Elle m
e tend son bras gauche, et je manque de défaillir. Le tissu, imprégné de sang, cache des cicatrices ineffaçables, dont on devine que certaines datent d'il y a déjà plusieurs années. Elles s'accumulent, encore et encore, les unes par-dessus les autres, pratiquement de la profondeur de son bras. Les plus récentes, nombreuses et qui montent jusqu'à l'épaule, saignent abondamment d'un sang si foncé qu'il en paraît noir. Et puis, flagrant au milieu de tout ce désastre, la plaie béante des seringues trop nombreuses, violacée. Je suis au bord de m'évanouir. Il faut qu'elle arrête tout de suite de piquer là-dedans ! Le bras n'est pas encore infecté, la plaie non plus, mais les veines y sont gonflées et foncées, c'est limite... J'ai mal pour elle. La flaque par terre s'agrandit au fil des secondes, je ne pensais pas qu'on puisse laisser autant de sang couler. Elle perd tellement de sang que je m'étonne qu'elle soit consciente, mais ça n'a pas l'air de la déranger. Elle est si blanche naturellement qu'on ne peutceler si elle est pâle ou pas. Je n'arrive pas à détacher mon regard, si plein de larmes et de souvenirs trop récents, de ce bras ravagé... Sans la regarder, j'articule à l'attention de Morticia « Il faut que tu arrêtes ça... » quand je la vois s'évanouir sous mes yeux. »

L.F.

# Posté le lundi 31 juillet 2006 19:30

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:34