« Angie part au bout d'une heure à mon chevet. Je lui promets de me faire soigner, et elle de venir tous les soirs après le collège. J'ai encore du mal à accepter ma maladie, mais il faut que je reprenne une vie normale, pour elle ! Pour qu'on puisse se revoir, tous les jours, que je ne reste pas enfermée ici.
D'ailleurs le psychologue arrive... Je suis curieuse de voir à quel sermon j'aurais droit ! La visite d'Angie a eu sur moi un effet réparateur, j'ai récupéré le contrôle de mes membres, j'ai moins de difficulté à bouger et plus du tout à parler. Heureusement pour moi d'ailleurs, parce qu'il a l'air bien décidé à me poser des questions.
« - Bonjour Lena, ça va ?
- Très bien, merci.
- Parfait, nous pouvons donc tout de suite commencer ! Vous venez d'avoir de la visite, apparemment. Il s'agit de... (Il consulte une feuille du dossier qu'il a entre les mains)... mademoiselle Angie Duciel, si je ne m'abuse ?
- Exactement.
- Très bien. Nous pouvons donc commencer. Vous savez que c'est cette jeune fille qui nous a déclaré votre anorexie ?
- Je le sais... »
Je ne peux pas m'empêcher d'ajouter une phrase, qui résonne au fond de moi-même, comme une certitude, une lumière intérieure qui ne demande qu'à sortir.
« -... Mais je ne suis pas anorexique, elle s'est trompée.
- Vous avez pourtant l'air d'avoir perdu beaucoup de poids en très peu de temps !
- J'avoue avoir fait un petit régime, mais rien de plus, rien de grave.
- Vous en êtes bien sûre ? Très bien, vérifions ça... »
La porte s'ouvre encore une fois et je vois entrer une femme de chambre portant un plateau surchargé de nourriture. De la salade, un laitage, du fromage, un plat avec viande, légumes, féculents ET poisson, un fruit et un gâteau. Stupéfaite, j'ouvre grand la bouche. Je devrais avaler tout ça ?!? Non, impossible. J'ai envie de vomir rien qu'en regardant le plateau. Le psy affiche un sourire sadique.
« - Allez-y, mangez, puisque vous n'êtes pas anorexique !
- Mais... Je... Je suis désolée mais je n'ai pas faim... Et puis je n'ai pas l'habitude de manger autant !
- Personne ne vous oblige à TOUT manger, mais commencez au moins !
- Très bien... »
Je prends ma fourchette en main et la plante dans la salade. J'en avale une bouchée, je sens la nausée monter. C'est immonde !!! C'est infect et ça a le goût de la cendre, comme tout le reste de la nourriture. Voilà pourquoi je ne mange plus !
« - Alors ? Délicieux n'est-ce pas ?
- Eh bien... J'ai l'impression que ça sent un peu...
- Rien ? La cendre ?
- ...
- Continuez ! La viande maintenant ! »
Il est presque en train de rire de mon malheur, il me dégoûte. Je sais que je ne vais pas pouvoir avaler cette horreur, c'est gras, plein de calories. Combien de calories ? 100 ? 200 ? Plus ?! Non, je ne peux pas manger ça ! La dernière fois que j'ai mangé de la viande remonte à plus d'un mois ! Et je me porte très bien !
« - Allez, Lena !
- Non ! Non, je ne peux pas !!
- Bien sûr que si que vous pouvez, puisque vous n'êtes pas anorexique !
- ... »
Je pense à Angie. Je dois le faire, pour elle ! Pas pour moi, pour elle, pour mon Ange... Alors je coupe un petit bout, un tout petit bout de steak et plante ma fourchette dedans. Je la porte faiblement à ma bouche mais je n'arrive pas à me persuader à la rentrer dans ma bouche... Mon dieu, manger, quelle corvée inutile ! L'image de Angie me faisant promettre de guérir s'impose à moi, et j'enfourne toute cette graisse. Avaler est une autre affaire... Mais le psy n'arrête pas de dire « Avalez, Lena, puisque vous n'êtes pas anorexique ! Allez !! », alors qu'il voit bien le mal que j'ai et que je suis sûre qu'il en a déjà tiré sa conclusion perso. Je déglutis péniblement. Ma tête me tourne à nouveau, mais qu'est-ce que j'ai fait ?!?!? Angie disparaît de mon esprit, mes grosses cuisses apparaissent à leur tour, je malaxe toute ma graisse du ventre, toute cette cellulite que je m'étais juré de perdre. Je sens mes côtes sous mes doigts, mais ça ne suffit pas. Le psy sourit. Je deviens de plus en plus pâle, saute de mon lit en lui demandant les toilettes, prétextant une envie très pressante. Il m'indique une porte au bout du couloir, je titube jusque là-bas et m'enferme dans une cabine. Il y a une femme de ménage qui nettoie les lavabos, je l'ignore et me plante trois doigts dans la gorge. Je vomis douloureusement le peu que j'ai avalé, il n'y a pas grand-chose mais j'en suis déjà rassurée. Voilà, je n'ai prit aucun kilo et fais ce qu'il m'a demandé ! Quand je sors et me rince le visage, la femme de ménage hoche gravement la tête et me dis « Anorexie sévère... » d'un air désolé. Le psy attend en souriant devant la porte et me lance « J'avais raison... Vous êtes anorexique. »
L.F.
D'ailleurs le psychologue arrive... Je suis curieuse de voir à quel sermon j'aurais droit ! La visite d'Angie a eu sur moi un effet réparateur, j'ai récupéré le contrôle de mes membres, j'ai moins de difficulté à bouger et plus du tout à parler. Heureusement pour moi d'ailleurs, parce qu'il a l'air bien décidé à me poser des questions.
« - Bonjour Lena, ça va ?
- Très bien, merci.
- Parfait, nous pouvons donc tout de suite commencer ! Vous venez d'avoir de la visite, apparemment. Il s'agit de... (Il consulte une feuille du dossier qu'il a entre les mains)... mademoiselle Angie Duciel, si je ne m'abuse ?
- Exactement.
- Très bien. Nous pouvons donc commencer. Vous savez que c'est cette jeune fille qui nous a déclaré votre anorexie ?
- Je le sais... »
Je ne peux pas m'empêcher d'ajouter une phrase, qui résonne au fond de moi-même, comme une certitude, une lumière intérieure qui ne demande qu'à sortir.
« -... Mais je ne suis pas anorexique, elle s'est trompée.
- Vous avez pourtant l'air d'avoir perdu beaucoup de poids en très peu de temps !
- J'avoue avoir fait un petit régime, mais rien de plus, rien de grave.
- Vous en êtes bien sûre ? Très bien, vérifions ça... »
La porte s'ouvre encore une fois et je vois entrer une femme de chambre portant un plateau surchargé de nourriture. De la salade, un laitage, du fromage, un plat avec viande, légumes, féculents ET poisson, un fruit et un gâteau. Stupéfaite, j'ouvre grand la bouche. Je devrais avaler tout ça ?!? Non, impossible. J'ai envie de vomir rien qu'en regardant le plateau. Le psy affiche un sourire sadique.
« - Allez-y, mangez, puisque vous n'êtes pas anorexique !
- Mais... Je... Je suis désolée mais je n'ai pas faim... Et puis je n'ai pas l'habitude de manger autant !
- Personne ne vous oblige à TOUT manger, mais commencez au moins !
- Très bien... »
Je prends ma fourchette en main et la plante dans la salade. J'en avale une bouchée, je sens la nausée monter. C'est immonde !!! C'est infect et ça a le goût de la cendre, comme tout le reste de la nourriture. Voilà pourquoi je ne mange plus !
« - Alors ? Délicieux n'est-ce pas ?
- Eh bien... J'ai l'impression que ça sent un peu...
- Rien ? La cendre ?
- ...
- Continuez ! La viande maintenant ! »
Il est presque en train de rire de mon malheur, il me dégoûte. Je sais que je ne vais pas pouvoir avaler cette horreur, c'est gras, plein de calories. Combien de calories ? 100 ? 200 ? Plus ?! Non, je ne peux pas manger ça ! La dernière fois que j'ai mangé de la viande remonte à plus d'un mois ! Et je me porte très bien !
« - Allez, Lena !
- Non ! Non, je ne peux pas !!
- Bien sûr que si que vous pouvez, puisque vous n'êtes pas anorexique !
- ... »
Je pense à Angie. Je dois le faire, pour elle ! Pas pour moi, pour elle, pour mon Ange... Alors je coupe un petit bout, un tout petit bout de steak et plante ma fourchette dedans. Je la porte faiblement à ma bouche mais je n'arrive pas à me persuader à la rentrer dans ma bouche... Mon dieu, manger, quelle corvée inutile ! L'image de Angie me faisant promettre de guérir s'impose à moi, et j'enfourne toute cette graisse. Avaler est une autre affaire... Mais le psy n'arrête pas de dire « Avalez, Lena, puisque vous n'êtes pas anorexique ! Allez !! », alors qu'il voit bien le mal que j'ai et que je suis sûre qu'il en a déjà tiré sa conclusion perso. Je déglutis péniblement. Ma tête me tourne à nouveau, mais qu'est-ce que j'ai fait ?!?!? Angie disparaît de mon esprit, mes grosses cuisses apparaissent à leur tour, je malaxe toute ma graisse du ventre, toute cette cellulite que je m'étais juré de perdre. Je sens mes côtes sous mes doigts, mais ça ne suffit pas. Le psy sourit. Je deviens de plus en plus pâle, saute de mon lit en lui demandant les toilettes, prétextant une envie très pressante. Il m'indique une porte au bout du couloir, je titube jusque là-bas et m'enferme dans une cabine. Il y a une femme de ménage qui nettoie les lavabos, je l'ignore et me plante trois doigts dans la gorge. Je vomis douloureusement le peu que j'ai avalé, il n'y a pas grand-chose mais j'en suis déjà rassurée. Voilà, je n'ai prit aucun kilo et fais ce qu'il m'a demandé ! Quand je sors et me rince le visage, la femme de ménage hoche gravement la tête et me dis « Anorexie sévère... » d'un air désolé. Le psy attend en souriant devant la porte et me lance « J'avais raison... Vous êtes anorexique. »
L.F.

