Episode 20

Episode 20
« Angie part au bout d'une heure à mon chevet. Je lui promets de me faire soigner, et elle de venir tous les soirs après le collège. J'ai encore du mal à accepter ma maladie, mais il faut que je reprenne une vie normale, pour elle ! Pour qu'on puisse se revoir, tous les jours, que je ne reste pas enfermée ici.
D'ailleurs le psychologue arrive... Je suis curieuse de voir à quel sermon j'aurais droit ! La visite d'Angie a eu sur moi un effet réparateur, j'ai récupéré le contrôle de mes membres, j'ai moins de difficulté à bouger et plus du tout à parler. Heureusement pour moi d'ailleurs, parce qu'il a l'air bien décidé à me poser des questions.

« - Bonjou
r Lena, ça va ?
- Tr
ès bien, merci.
- Par
fait, nous pouvons donc tout de suite commencer ! Vous venez d'avoir de la visite, apparemment. Il s'agit de... (Il consulte une feuille du dossier qu'il a entre les mains)... mademoiselle Angie Duciel, si je ne m'abuse ?
- Exa
ctement.
- Très bi
en. Nous pouvons donc commencer. Vous savez que c'est cette jeune fille qui nous a déclaré votre anorexie ?
- Je le sais... »

Je ne pe
ux pas m'empêcher d'ajouter une phrase, qui résonne au fond de moi-même, comme une certitude, une lumière intérieure qui ne demande qu'à sortir.

« -..
. Mais je ne suis pas anorexique, elle s'est trompée.
-
Vous avez pourtant l'air d'avoir perdu beaucoup de poids en très peu de temps !
-
J'avoue avoir fait un petit régime, mais rien de plus, rien de grave.
-
Vous en êtes bien sûre ? Très bien, vérifions ça... »

La porte s'
ouvre encore une fois et je vois entrer une femme de chambre portant un plateau surchargé de nourriture. De la salade, un laitage, du fromage, un plat avec viande, légumes, féculents ET poisson, un fruit et un gâteau. Stupéfaite, j'ouvre grand la bouche. Je devrais avaler tout ça ?!? Non, impossible. J'ai envie de vomir rien qu'en regardant le plateau. Le psy affiche un sourire sadique.

« - Allez-y,
mangez, puisque vous n'êtes pas anorexique !
- Ma
is... Je... Je suis désolée mais je n'ai pas faim... Et puis je n'ai pas l'habitude de manger autant !
-
Personne ne vous oblige à TOUT manger, mais commencez au moins !
-
Très bien... »
Je
prends ma fourchette en main et la plante dans la salade. J'en avale une bouchée, je sens la nausée monter. C'est immonde !!! C'est infect et ça a le goût de la cendre, comme tout le reste de la nourriture. Voilà pourquoi je ne mange plus !

« - Alor
s ? Délicieux n'est-ce pas ?
-
Eh bien... J'ai l'impression que ça sent un peu...
- Rien ? La ce
ndre ?
- ...
- Continuez ! La viande maintenant ! »

Il est
presque en train de rire de mon malheur, il me dégoûte. Je sais que je ne vais pas pouvoir avaler cette horreur, c'est gras, plein de calories. Combien de calories ? 100 ? 200 ? Plus ?! Non, je ne peux pas manger ça ! La dernière fois que j'ai mangé de la viande remonte à plus d'un mois ! Et je me porte très bien !

« - Al
lez, Lena !
- Non ! N
on, je ne peux pas !!
- Bie
n sûr que si que vous pouvez, puisque vous n'êtes pas anorexique !
-
... »

Je pense à
Angie. Je dois le faire, pour elle ! Pas pour moi, pour elle, pour mon Ange... Alors je coupe un petit bout, un tout petit bout de steak et plante ma fourchette dedans. Je la porte faiblement à ma bouche mais je n'arrive pas à me persuader à la rentrer dans ma bouche... Mon dieu, manger, quelle corvée inutile ! L'image de Angie me faisant promettre de guérir s'impose à moi, et j'enfourne toute cette graisse. Avaler est une autre affaire... Mais le psy n'arrête pas de dire « Avalez, Lena, puisque vous n'êtes pas anorexique ! Allez !! », alors qu'il voit bien le mal que j'ai et que je suis sûre qu'il en a déjà tiré sa conclusion perso. Je déglutis péniblement. Ma tête me tourne à nouveau, mais qu'est-ce que j'ai fait ?!?!? Angie disparaît de mon esprit, mes grosses cuisses apparaissent à leur tour, je malaxe toute ma graisse du ventre, toute cette cellulite que je m'étais juré de perdre. Je sens mes côtes sous mes doigts, mais ça ne suffit pas. Le psy sourit. Je deviens de plus en plus pâle, saute de mon lit en lui demandant les toilettes, prétextant une envie très pressante. Il m'indique une porte au bout du couloir, je titube jusque là-bas et m'enferme dans une cabine. Il y a une femme de ménage qui nettoie les lavabos, je l'ignore et me plante trois doigts dans la gorge. Je vomis douloureusement le peu que j'ai avalé, il n'y a pas grand-chose mais j'en suis déjà rassurée. Voilà, je n'ai prit aucun kilo et fais ce qu'il m'a demandé ! Quand je sors et me rince le visage, la femme de nage hoche gravement la tête et me dis « Anorexie sévère... » d'un air désolé. Le psy attend en souriant devant la porte et me lance « J'avais raison... Vous êtes anorexique. »

L.F
.

# Posté le dimanche 04 juin 2006 07:27

Modifié le lundi 23 juillet 2007 01:00

Episode 21

Episode 21
« Le psy a finit par arriver à me tirer les vers du nez sur le fait que je sois anorexique. Il y a déjà deux jours qui sont passés depuis qu'il est venu. Je ne me suis pas fait vomir et n'ai pas prit de coupe-faim depuis cette date. Je suis fière de moi, et je reconnais enfin que j'ai eu vraiment de la chance que je ne sois pas encore devenue dépendante de cette merde. Angie est repassée, comme promit, les deux soirs. Elle a croisé le psy qui lui a raconté l'histoire du premier repas à l'hôpital. Elle en a versé beaucoup de larmes, et je sais que je lui ai fait très mal. Mais ça ne recommencera plus, il FAUT que je m'en sorte !! Pour elle, pour moi ! J'avoue que je suis anorexique, que j'ai un comportement anormal, mais il faut absolument que ça change. Mes parents sont passés, aussi. Ma mère a versé une larme, mon père m'a engueulée et traitée d'idiote, avant de sortir de ma chambre au bout de deux secondes. Maman m'a apporté quelques posters pour décorer ma chambre, qu'on a accrochés ensemble. Elle m'a vaguement demandé pourquoi je ne lui en avais pas parlé, puis m'a annoncé, un peu gênée, qu'ils ne reviendraient pas car c'était trop dur à expliquer à Adrien et Clara où j'étais passée, puis elle a rejoint mon père. Apparemment je n'aurais donc plus qu'avec eux des conversations téléphoniques, et ça me convient très bien. Plus loin je suis de mes parents, mieux je me porte. En attendant, ils ont dit à ma fratrie qu'ils m'avaient collée en internat, juste le temps que je me calme un peu, parce que j'étais devenue impossible.
Très b
ien. C'est le genre de chose qui fait toujours plaisir. Sans commentaires...

Ce
matin, c'est ma première séance de groupe. A l'étage inférieur se trouve une salle confortable, comprenant canapés, livres, revues... Elle est réservée au service anorexiques, hormis de 8h à 10h le matin et de 13h à 14h l'après-midi. A ces heures-ci nous devons chacune avoir un récapitulatif avec notre psy, en privé.
Il es
t 10h, et l'infirmière entre dans ma chambre.

«
- Bonjour Lena, comment ça va ce matin ?
- Vrai
ment très bien, merci !
- Tu as
dormi bien longtemps dis donc, mais je t'ai laissée dormir exprès, je n'osais pas te réveiller ! Mais tu as raté ton rendez-vous avec Monsieur Vernet.
- Oh, je le
verrais cet après-midi, ce n'est pas grave !
- T
u as l'air toujours aussi décidée à guérir !
- Pa
rfaitement.
- Tr
ès bien, tu me fais plaisir tu sais ! Parce que tu verras très vite qu'avec d'autres c'est beaucoup plus compliqué... Enfin bon, ne parlons pas de malheur ! Je dois te descendre, tu peux te relever sur ton lit ?
- Oui, ça devra
it aller... »

L
es anti-dépresseurs qu'ils me donnent 2 fois par jour et les perfusions tous les deux jours m'assomment un peu, mais l'infirmière dit que si je continue comme ça, dans deux jours les perfusions c'est fini et dans une semaine bye bye les anti-dépresseurs ! Je me réjouis déjà ! Elle me porte donc dans un fauteuil roulant et nous prenons l'ascenseur jusqu'au niveau inférieur. L'hôpital me donne la nausée, il faut absolument que j'en sorte le plus vite possible ! L'infirmière me pousse jusqu'à l'entrée d'une pièce aux portes battantes, ça me fait penser à un Saloon style Lucky Luke. Manque plus que les Dalton... Ouhlà, quand je vous dit que ça rend barge les anti-dépresseurs je déconnais pas ! Une fois entrée, ou plutôt poussée dans la salle, j'y découvre une dizaine de jeunes filles. Il y a une grande blonde, maigre comme un coucou, aux traits tirés. A côté d'elle, une Noire aux cheveux nattés regarde fixement le sol ; une petite rousse expose des cernes jusqu'aux genoux. Une autre blonde discute avec une jolie fille aux cheveux châtain foncés. La première a l'air plutôt en forme, mais son avant bras est marqué de griffures et ses ongles cassés... Son interlocutrice est celle qui a l'air le plus en forme, et quand j'entre dans la pièce elle est la seule à me sourire. Trois autres blondes décolorées sont présentes, elles ont toutes le regard vide. Il y a également une brune, carrément rachitique, aux joues rouges d'avoir trop pleuré, et une fille au teint blanc et aux longs cheveux noirs qui ressemble à un zombie. Sans me vanter je crois que je suis encore la plus normale des filles rassemblées dans cette pièce, avec la jolie brune. Au milieu du cercle que nous formons est installée une jeune femme qui a l'air très sympathique : De longs cheveux auburn attachés en queue de cheval, des petites lunettes sympas posées sur son nez, un regard pétillant et un sourire franc.

« - Bon
jour les filles ! Alors avant de commencer, chacune va commencer par donner son prénom, puis je vous expliquerais le but de ces séances. Commencez !
- Van
essa, dit la grande blonde.
- I
hsane, murmure la mystérieuse Noire.
- Elizabet
h, clame bien fort la blonde qui discutait avec son amie.
- Ma
rie, dit la sublime fille qui m'a sourit.
- Je
anne ! braille la première blonde du fameux trio.
- Jeannie !
hurle la deuxième.
- Jeannine !
crie la troisième, probablement pour faire comme ses joyeuses amies, qui ont tout l'air sorties du club de Blondes Demeurées Anonymes.
- B
ailey... glisse doucement la brune rachitique.
- Morticia, tra
nche le zombie qui m'a tout l'air d'être furieusement gothique. »

J'ai du ma
l à articuler, mais le regard des autres m'oblige à parler.

«
- Je m'appelle Lena... »

L.F
.

# Posté le jeudi 08 juin 2006 14:26

Modifié le lundi 23 juillet 2007 01:00

Episode 3

Episode 22
« J'entre dans la voiture à mon père. Marilyne, une fille qui habite dans mon village, est assise à côté de moi. Je ne l'apprécie pas vraiment, trop timide, effacée et sans personnalité à mon goût. Pourtant je l'examine. Comment la regardais-je ? Et maintenant comment je la regarde? Différemment ? Comme une lesbienne ? Non, je ne ressens aucune attirance pour elle... Et n'en ai jamais ressenti. Une chose est sûre : je ne suis pas lesbienne. C'est avec cette idée que je m'efforce de transformer en certitude que je m'installe devant l'ordinateur en rentrant. Je vois avec satisfaction et joie que la fenêtre de conversation de Angie s'ouvre dès ma connection.

«
Ange... : Re, ça va toujours ?
Etoile de l'Ange : Ouais, ouais... »

Malgré moi je
ne suis pas vraiment franche. L'évènement de tout à l'heure m'a plus que troublée et je me demande si elle l'a remarqué, si ça la dérange, si elle a ressenti quelque chose, si elle se pose les mêmes questions que moi...

«
Etoile de l'Ange : Un peu... troublée, on va dire.
Ange... : Troublée par quoi ? Il s'est passé quelque chose ? Avec tes parents ?
Etoile de l'Ange : Mais non... »

Dois-je lui dire
? Ou non ? Va-t-elle me prendre pour une folle ?

«
Ange... : Lena, qu'est-ce qu'il se passe ?!? Je m'inquiète là ! Dis moi !
Etoile de l'Ange : Tu vas me prendre pour une folle...
Ange... : Mais non ! J'te promets ! Dis moi, s'il te plaît, je croyais que tu me faisais confiance ?
Etoile de l'Ange : Je te fais confiance !
Ange... : Alors dis moi... »

Les quest
ions se bousculent toujours dans ma tête, je n'en peux plus, elle va exploser, je vais devenir folle, on va m'enfermer, me mettre en camisole de force... Je dois lui dire, je n'ai pas le choix, si je garde ça pour moi c'est ce qu'il va m'arriver...

«
Etoile de l'Ange : Rien d'important, juste que je vais tourner folle... Tout à l'heure, juste avant que tu partes, quand tu m'as fait un bisou sur la joue, nos lèvres elles se sont frôlées et ça m'a fait trop bizarre, voilà jsais c'est trop débile vu que j'suis sure de pas t'aimer (d'amour, j'précise, enfin de celui là) et voilà, ça me rend dingue.
Ange... : lol, eh oh, tu crois que je vais t'embrasser ou quoi ?!? Ça va pas, c'est quoi ce doute ?!?
Etoile de l'Ange... : Angie, tu le fais exprès d'être naze ou quoi ? C'était pas fait exprès !
Ange... : Roooh, te vexes pas, je le sais... Et je l'ai senti aussi...
Etoile de l'Ange : Mais ne t'inquiètes pas, au cas où tu aurais un doute, je ne suis pas amoureuse de toi, et je ne suis pas lesbienne !
Ange... : Mais moi non plus je ne suis pas amoureuse de toi, je te rassure au cas où ça te faisait peur ! Bref, je dois y aller, ma mère m'appelle pour manger depuis une demi-heure ! A tout à l'heure ma puce. »

Ça ne m'a jamais
fait peur... Je ne sais plus, je crois même que ça m'aurait fait plaisir qu'elle me dise qu'elle m'aime, là... Je suis complètement perdue... Pourquoi est-ce au moment où je croyais enfin m'être trouvée qu'il faut que je m'aperçoive que je me suis trompée ? Que je ne me connais toujours pas moi-même ? Pourquoi est-ce que je me pose autant de questions ? Ai-je ressenti quelque chose ? Je suis sûre qu'elle, elle n'a rien ressenti... Suis-je homo ? C'est vrai que mes relations avec les autres garçons n'ont jamais été très approfondies, et plus basées sur ma peur de les embrasser où d'aller « plus loin » que sur de l'amour réel et sincère. La passion, je n'en parle même pas, je n'ai jamais connue aucune passion quelle qu'elle soit. Je repasse leurs visages dans ma tête. Plus aucun ne m'attire. Le visage d'Angie s'impose alors à mon esprit. Un visage doux, calme, sincère. Derrière sa personnalité que j'aime tant, c'est pour la première fois son physique qui m'attire, comme si elle était devant mes yeux en ce moment, exposée, pour que je puise l'admirer à tout loisir. Sa peau mate et douce, ses gestes posés et tendres, ses grands yeux verts attirants, ses cheveux châtains qui bouclent sur ses épaules, son sourire incomparablement rassurant... Malgré moi un sourire se forme sur mes lèvres. Et si, en fin de compte, j'étais amoureuse d'elle ?... La joie s'empare de tout mon c½ur, mais la réalité la rattrape. Si c'était le cas, il est fort probable que ce ne soit pas réciproque. Mais pourquoi ce geste alors ? Je suis bête, elle a dit elle-même qu'il n'était pas prémédité et encore moins volontaire ! Angie, être amoureuse d'une fille ?... Non, jamais. Elle a déjà eu des dizaines et des dizaines d'expérience, c'est une fille si attachante que n'importe qui s'entiche d'elle et voudrait la garder pour lui tout seul toute sa vie. D'ailleurs son dernier petit copain ne remonte pas à si loin... Mais maintenant que j'y pense, elle était plus souvent avec moi qu'avec lui. C'est vrai que rien qu'à l'idée d'être loin d'elle mon c½ur se déchire. J'ai toujours considéré ça comme de la simple amitié, plus forte que la moyenne mais sans plus. De la fraternité, même, l'envie de la protéger et qu'elle me protège.

Et si en fin d
e compte c'était plus ?... Je n'ai jamais même envisagé une seule seconde la possibilité qu'on s'aime comme un couple et pas comme deux amies. Mais si cela se réalisait... Qu'en penserais-je ?... L'idée d'être homosexuelle ne m'a jamais même effleurée l'esprit, je n'ai jamais rien eu contre les homos mais je ne les ai jamais considérés comme faisant partie du cadre restreint de ma vie. Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs. Mais quand je pense couple, je pense directement homme+femme, jamais homme+homme ou femme+femme. L'idée d'avoir un esprit aussi fermé et stupide que la plupart des gens me dégoûte presque. Si j'aime Angie ? Je n'en sais rien, et même si je l'aimais, et alors ? Si j'étais lesbienne ? Eh bien je m'assumerais en tant que telle, comme j'ai toujours fait dans ma vie. Et si j'aimais Angie... Je me fais vite à cette idée, et dans l'éventualité où ça se révélait vrai, ça ne serait pas plus mal. Je l'intègrerait peut-être avec moins de difficultés... Mais qu'est-ce que je raconte ?!? Je parle d'aimer une fille, là ?!? Et qui plus est, Angie ! C'est quoi ce film, là ?!? Je suis tout ce qu'il y a de plus hétéro, moi !!!!
Et pourquo
i ça aussi ça me revient perpétuellement en tête ? Ce n'est pas une honte d'être lesbienne après tout !! Non, ce n'est pas une honte ! Et si j'aimais Angie... »

L.F
.

# Posté le mardi 13 juin 2006 12:02

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:34

Episode 23

« La « séance » consiste en fait en une morale géante, avec des explications sur les médocs inutiles et les psys imbéciles. Bref, tout ce qu'il y a de plus ennuyeux. J'avoue que c'est assez drôle d'en voir quelques unes pleurnicher sur leur sort. Une des blondes, Jeannine apparemment, n'arrête pas de jouer avec ses cheveux de ses membres squelettiques. Marie l'imite au creux de l'oreille d'Elizabeth. Elle est très douée, je suis morte de rire au bout de quelques secondes. Elle gesticule bêtement et prend la voix de La Parfaite Pimbêche pour susurrer « Je vais me faire une coiffure supêêêêêêêr élaboréééééééée ! », et trifouille ses cheveux jusqu'à les transformer en une espèce de choucroute châtain informe qui ne ressemble à rien. En riant, je me demande ce qu'elle fait dans cet hôpital. Elle a l'air si pleine de joie de vivre ! Bon d'accord, elle a sûrementpasser par une période anorexique et elle est encore atrocement maigre, comme tout le monde sauf Monica La Chieuse dans cette pièce, mais tout ça à l'air très loin derrière elle ! Et pourtant, à fin de la séance, lorsqu'elle sort de la salle, le personnel hospitalier qui passe devant elle lui jette un regard noir et haineux, presque vengeur... Qu'est-ce qui a bien pu se passer avec elle ?...

Mon in
firmière, que j'appelle maintenant Betty, m'attend devant la salle et m'annonce que je vais changer de chambre. Jusqu'à maintenant j'étais dans la salle de réanimation du service, isolée de toutes les autres, et là je vais enfin pouvoir avoir de la compagnie ! Betty me place dans mon fauteuil en m'expliquant que les chambres sont par deux et que dans ma future chambre on s'occupera mieux de moi que dans une chambre de réanimation, afin que je puisse sortir plus vite. Je suis toute heureuse de cette nouvelle. Nous allons rassembler mes affaires puis reprenons l'ascenseur pour se rendre au dortoir. Betty m'installe dans une chambre contenant deux lits, tout aussi blanche que la première. La partie droite de la chambre est déjà occupée, des vêtements traînent un peu partout mais les murs sont vides et rien n'est personnalisé. Aucune quelconque trace d'amis ou de famille. Je frissonne un peu devant tout ce vide, et le visage de chaque fille me revient. Je me demande laquelle a si peu de personnalité... Aucune il me semble, mais je pencherais plus pour Bailey. Ma colocataire ne doit pas être très sympathique... J'accroche mes posters au mur, je change les perpétuels rideaux blancs pour les rideaux violets de ma chambre qu'Angie m'a rapportés. Betty m'aide à changer les draps blancs pour ma literie bleue étoilée. Pour finir, je pose sur la table de chevet une photo d'Angie et de moi joliment encadrée, toutes les deux souriantes, et une unique larme coule sur ma joue... Puis l'infirmière part et lui dit qu'elle reviendra plus tard, avec mon plateau-repas. J'en profite pour ranger mes habits dans la petite armoire, lorsque la porte s'ouvre. Croyant que c'est Betty qui revient, j'esquisse un sourire, mais à ma grande c'est Marie qui entre dans la pièce. Mon c½ur fait un bond, et j'ouvre la bouche d'étonnement.
« -
Que... Qu'est-ce que... tu fais ici ?... !
-
Eh bien c'est plutôt à moi de te poser cette question ! Tu es dans ma chambre !
- Oh... »


Ainsi ma
colocataire sans personnalité ne serait autre que Marie ?! Impossible !

« - T
u viens d'arriver ? Moi ça fait deux semaines que je suis ici...
-
Oui, on vient de me changer de chambre... Mais je ne pensais pas que... enfin... que je partagerais ta chambre ! Tu n'es pas avec ton amie de tout à l'heure ?
- Non, El
izabeth est dans la chambre d'en face avec Ihsane, dans la chambre 2. La chambre de droite est occupée par Morticia et Bailey, en face d'elles se trouvent Jeanne et Jeannie, et enfin deux chambres plus loin cohabitent Jeannine et Vanessa. Il va sans dire qu'il a fallut batailler pour arracher Jeannine à ses joyeuses amies, mais elle s'entend assez bien avec Vanessa.
- Très bie
n, j'en conclus que tu, enfin que nous occupons la chambre 1 ?
- Ex
act !
- Eco
ute je suis vraiment désolée Marie, je ne voulais pas m'imposer tu sais...
-
Ne t'inquiètes pas, je m'ennuyais toute seule et tu as l'air très sympa ! J'aimerais mieux te connaître, et je suis sûre que nous nous entendrons très bien, enfin si tu es d'accord...
- Bien
sûr que oui, j'espère que nous deviendrons vite amies ! »

Nous nous
approchons l'une de l'autre et entamons une conversation mouvementée. Elle me raconte, les yeux mouillés, le divorce de ses parents, la tristesse de l'absence d'un père, et ce vide dans le ur... Puis l'arrivée de ce beau-père qui remplacerait un vrai père tant espéré, et la déception... Sa haine envers elle, et puis les coups... Sa mère qui ne dit rien... Pas d'amis, plus de famille... Je hoche la tête avec compassion, et lui prend la main pour lui apporter mon soutien. Puis elle me raconte son premier petit ami, la première personne qui s'intéressait à elle... Mes yeux s'agrandissent de colère quand elle m'avoue qu'il a finit par la forcer, à 13 ans, à coucher avec lui contre son grès. En pleurant, elle m'avoue qu'il la frappait lorsqu'elle refusait de se soumettre à lui... Je sèche ses larmes et lui dépose un baiser amical sur la joue. La séparation de ce garçon qu'elle aimait a dû être dure, et elle m'avoue qu'après son père, son beau-père et son petit ami, elle ne pourra plus jamais faire confiance à un homme... Je lui dit que je pense pareil, sans lui dire pourquoi... Pas encore, je ne peux pas...
Je l
a prends dans mes bras, et nous sommes collée l'une à l'autre quand la porte s'ouvre brusquement.

«
- Angie ! Qu'est-ce que tu fais ici ?!? Non, attends ! Ce n'est pas ce que tu crois ! Reste, s'il te plaît... Je t'aime Angie... »

L.F
.
Episode 23

# Posté le dimanche 18 juin 2006 08:14

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:33

Episode 24

Episode 24
« A l'entrée d'Angie dans la chambre, Marie rougit et se sauve brutalement, sans explications, trop gênée pour dire un mot, et se faufile dans la chambre 2. Angie, quand à elle, ne dit pas une parole, et c'est les yeux remplis de larmes qu'elle repart dans le couloir. Je crie mes derniers mots à son adresse, mais elle ne se retourne même pas... Alors je lui cours après et l'attrape par le bras. Elle se débat un peu et laisse échapper un « Lâche-moi » très peu convainquant et hoque de larmes, avant de s'effondrer dans mes bras.

«
- Ehhhhh !! Angie ! C'est quoi le problème là ?!? Tu t'imagines quoi ?! Que j'étais en train de la bécoter furieusement ?!
- ...
- Tu
devrais savoir que ce n'est pas mon style !! Je t'aime moi !
-
...
- Je
la consolais juste, parce qu'elle était en larmes et qu'elle me parlait ! Je n'ai rien fait de plus que la prendre dans mes bras ! C'est toi que j'aime et je ne veux personne d'autre, PERSONNE, tu comprends ?
- ...

- A
llez, viens dans mes bras mon amour... »

Je l
'embrasse passionnément, et sèche ses larmes. Puis nous entrons dans ma chambre. Je lui raconte comment je suis arrivée ici, puis nous nous asseyons sur mon lit pour discuter.

« - L
ena, c'est qui cette fille ?
- Mari
e... Une fille que j'ai rencontrée aux séances collectives.
-
J'aime pas ton sourire quand tu prononces son nom...
- Oh a
rrête ! On vient de se rencontrer, ça ne fait que quelques heures qu'on se connaît ! On m'a changée de chambre, je me suis retrouvée dans la sienne, c'est tout ! Je n'y peux absolument rien.
- Co
mment tu veux me faire croire ça ?!? Alors ça ne fait que deux heures que vous vous connaissez et elle te raconte déjà sa vie ?!?
- Oui
... Je sais, moi aussi je trouve ça bizarre, mais je n'allais pas refuser de l'écouter sous prétexte qu'on ne se connaît pas depuis assez longtemps !
- Mai
s elle a l'air de te plaire... Et puis... Elle est beaucoup plus belle que moi...
- Angi
e, tu es la plus belle du monde à mes yeux ! Tu remplis tellement entièrement mon c½ur et mes yeux que je ne vois même plus les autres ! Tu es parfaite, tu es mon idéal, et on ne se séparera jamais, JAMAIS tu entends ?! Jamais je ne pourrais ou voudrais aimer quelqu'un d'autre que toi ma Angie... »

E
lle fait un immense sourire et je la prends dans mes bras pour l'embrasser passionnément, comme elle aime. Ce geste a l'air de la rassurer, son visage se détend. Elle me demande de lui raconter ma journée. D'un air tendre, je lui résume la séance avec mon psy perso, Mr. Vernet, puis celle avec Monica La Chieuse et les autres filles. Je lui décris les trois blondes ridicules, la mystérieuse Noire, la sombre gothique, Elizabeth, l'immense blonde rachitique, la timide brune et Marie elle-même. Elle rit à mes descriptions, un tantinet imitatrices je l'avoue. Je finis par lui déclarer à quel point je suis heureuse de voir des gens, enfin, et d'être dans ce service, à l'air beaucoup plus animé que l'ancien. Au bout d'une heure, Betty revient et m'annonce que je mangerais dans la salle commune avec les autres filles et que le repas est servi dans un quart d'heure. Angie doit donc s'en aller, à mon plus grand regret... Elle baisse la tête et ses beaux yeux verts s'emplissent à nouveau de tristesse... Une larme roule sur sa joue, je l'essuie.

«
- Eh mon ange ! Qu'est-ce qu'il se passe, pourquoi tu pleures ?...
- Je... Tu... Tu me manques trop... J'en peux plus de pas te voir toute la journée... A côté de moi...
- Angi
e, je te promets de sortir d'ici le plus vite possible.
- Mais ça fait déjà presque deux semaines que tu es là !!
- Je
te jure qu'on se retrouvera très bientôt, je vais faire plus d'efforts je te le jure mon amour !
- Promit
?
- Bien sûr. Tu reviens demain soir non ?
-
Oui...
- Al
ors à demain soir chérie... »

J
e l'embrasse une dernière fois longuement, puis elle part en me faisant un clin d'½il. Betty vient me chercher quelques secondes plus tard. A croire qu'elle attendait son départ derrière la porte. Elle commence à m'installer sur le fauteuil roulant. Je m'apprête à me laisser faire, comme d'habitude. Après tout cela m'évite de faire trop d'efforts, entre parenthèses totalement inutiles. Mais au moment de m'y asseoir, je repense à la promesse que je viens de faire à Angie. Des efforts... Sortir... Vite... Retourner au collège... A la maison... La voir... Tous les jours... La toucher... Etre avec elle... Je repousse Betty et le fauteuil, et sors de ma chambre en marchant faiblement sous ses yeux ébahis.

«
- J'en suis parfaitement capable Betty ! »

Ell
e me guide par le bras jusqu'à la cantine, tout de même un peu inquiète. Moi je suis heureuse, je viens de faire un pas en plus, une amélioration. Il faut absolument que je sorte le plus tôt possible d'ici. Guérir, et vite ! C'est avec cette pensée, jointe au visage d'Angie, que je pousse la porte du self service... »

L.F.

# Posté le mardi 20 juin 2006 13:16

Modifié le lundi 07 août 2006 20:45