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Episode 3

« Je me réveille en forme. Je ne sais pas pourquoi, mais je me mets en tête que cette journée ne sera pas comme les autres. Elle sera mieux, j'ai décidé. Beaucoup mieux. Je m'habille de couleurs vives : jeans, haut bleu, et me maquille de bleu également. Je laisse tomber la veste et les chaussures noires et opte pour du jean et du blanc. Je prends un petit déjeuner, chose que je n'ai pas fait depuis longtemps. Une fois l'estomac bien remplit, je prends mon sac et lance un «salut !» à la cantonade. Je vais attendre mon bus, mon mp3 sur les oreilles et en chantonnant. Je me sens d'une bonne humeur et d'une joie de vivre suspectes.

J'arriv
e au collège de bonne humeur et saute dans les bras d'Angie.
Immédia
tement, mon c½ur bat plus vite dans ma poitrine et une étrange boule apparaît dans la bas du ventre à la sensation de la sentir contre moi. Gênée, je recule et regarde le sol.
« - Excuse-
moi, je ne sais pas ce qu'il m'a prit...
- Pas beso
in de t'excuser, dit-elle en riant. Tu es de bonne humeur dis donc, ça cache quelque chose ?
- Non, j
'ai juste envie de profiter de la vie. Ou tout simplement de vivre.
- Ouaaaah ! Jamais je n'aurais espéré entendre un tel discours venant de toi !
- Eh b
en y'a un début à tout hein ?»
Je
lui fait un clin d'½il et vais saluer Clémence. Elle me demande comment ça va, je réponds « bien » franchement, pour la première fois depuis des mois. Qu'est-ce qui a donc changé en seulement quelques heures pour que je passe de l'état de cadavre ambulant à celui de fille pleine de joie de vivre en pleine forme ?
Mon regard gli
sse automatiquement sur Angie. Voilà ce qui a changé. Un ange est apparu dans ma vie. Même l'idée d'avoir deux heures de maths me dérange moins. Mais qu'est-ce que je raconte ?!?!? Deux heures de maths ?!? J'avais complètement oublié !! Et bien sûr je n'ai pas mes affaires... Voilà, je suis bonne pour une punition. Génial. Mon moral baisse en flèche, mais à la vue d'Angie il remonte instantanément. Elle me fait un sourire et je sens mon c½ur qui s'emballe tout de suite, sans que je puisse expliquer pourquoi. La prof nous fait entrer dans la salle, et quand je vais à son bureau lui dire que je n'ai pas mes affaires elle me donne des exercices supplémentaires à faire. Je marmonne que je les ferais et retourne à ma place. Seule. Je passe les deux heures à penser, sans arriverme à déterminer à quoi je pense. Enfin ça sonne, et je sors vite de cette salle maudite. Je prends directement la main d'Angie, par automatisme, comme si c'était naturel. Puis en me rendant compte de mon geste je la lâche brusquement, rouge pivoine.
« -
Euh... Excuse-moi, je suppose que... J'avais besoin de soutient... C'est les maths, ça... ça tue !
- Pas
besoin de t'excuser !! Pourquoi tu recules comme ça ?!? Ça me gêne pas, ça me dérange pas non plus, moi...
- Nan mais b
on voilà... Après tout, on est que des amies... Déjà que les gens croient que y'a plus, ça sert à rien de... mettre du bois sur le feu...
- Oh, l
e feu tu le laisses là où il est, les autres pareil. Ils peuvent bien penser ce qu'ils veulent, ça m'est égal.
- Ma
is même, j'suis pas lesbienne moi !
- Moi
non plus, et alors ? Je le sais, MOI, inutile que les autres le sachent. »
Notre conversati
on nous mène dans la cour, où nous nous asseyons côte à côte.
« - Franche
ment, tu te verrais embrasser une fille ?!
- B
en jsais pas, pas vraiment, mais ça me choquerait pas, ou me dégoûterait pas, quoi. Pourquoi, et toi ?
- Ben... moi
non plus, je serais ni choquée ni dégoûtée, mais je me verrais quand même pas du tout embrasser une fille.
- J'y ai
jamais réfléchit en fait.
- Moi non plu
s... »

La journée s'achèv
e dans cet état d'esprit, joyeux mais penseur. Le mercredi passe en un clin d'½il et je retrouve Angie le jeudi matin. Je suis d'encore meilleure humeur que mardi dernier. Surtout que jeudi est la meilleure journée de notre emploi du temps. A la pause de midi, nous restons dehors, et je m'allonge la tête sur ses genoux. Je suis bien, là, calme, avec elle. Je me dis qu'elle est la personne qui compte le plus au monde, et que jamais, jamais, je ne la laisserais repartir. En fin de cours la conversation dévie sur l'année prochaine, le lycée, et automatiquement les larmes me montent aux yeux... Rien qu'à l'idée de me séparer d'elle, ou de la perdre de vue, la douleur que je ressens est indescriptible. Elle le sait très bien, et quand elle voit les larmes couler sur mes joues elle sait parfaitement que c'est à cause du lycée. Mais elle ne dit rien.
Pe
ndant la répétition nous ne sommes pas ensemble, et quand on se retrouve deux heures plus tard elle est au casier et moi adossée à un pilier du hall, emmitouflée dans mon écharpe et en train de pleurer, toujours pour la même chose. Elle s'approche de moi et me murmure « Non, Lena, ne pleure pas, s'il te plaît... » à l'oreille. Elle approche doucement son visage du mien, et essuie ma larme en même temps qu'elle essaie de me faire la bise. Résultat : ses lèvres frôlent doucement le coin de ma bouche. J'ai l'impression que le temps c'est arrêté, que ces quelques secondes durent une éternité. Dans mon c½ur j'ai l'impression que j'assiste à un spectacle de vagues qui s'écrasent sur les rochers, des feux d'artifices de toutes les couleurs, tellement lumineux qu'on ne sait plus lesquelles regarder. Mais cette seconde magique et improbable se finit et elle s'éloigne du coin de mes lèvres. Je suis sous le choc, et pourtant j'arrive encore à rougir. Elle me fait un bref salut et s'en va. Je finis par partir aussi, mais j'ai encore beaucoup de mal à assimiler ce que je viens de vivre. Je me pose une foule de questions : pourquoi ai-je ressenti quelque chose ? Et surtout pourquoi ai-je ressenti autant de choses ? Suis-je homosexuelle ? Et suis-je amoureuse d'Angie ?...
J'ess
uie la dernière larme sur ma joue. Ça n'a plus aucune importance. Ce que je viens de vivre est magique. Magique... »

L.F
.
Episode 2

# Posté le mardi 18 avril 2006 03:51

Modifié le dimanche 11 novembre 2007 09:31

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