« Retour au blog de homosanscomplexe

Episode 1

Episode 1
« Je suis assise sur mon tapis, en plein milieu de ma chambre, sans arriver à m'endormir malgré la fatigue qui monte en moi. Je pense, encore et encore. A ma déprime. A mon passé. Au «pourquoi» de l'existence. Sans trouver de réponse, comme d'habitude. Cette séance de méditation quotidienne est presque devenue habituelle. Je jette un ½il sur mon réveil qui m'indique qu'il est 2h passée. Ma conscience me souffle qu'il faut que je dorme, mais ai-je seulement encore une conscience ? Je repasse en vue mon passé qui me détruit, et jette un ½il sur les lames de rasoir pleines de sang posées devant moi. Mais je les range sans m'en resservir et vais me coucher.

Le lendemain, j
e me lève en retard, m'habille monotonement, tout de noir, sans prendre le temps de reposer une couche de vernis noir sur mes ongles. Je surligne mes yeux d'un gros trait de crayon noir, mets ma veste et mes chaussures (noires) et sors. Le froid m'irrite le visage et fait pleurer mes yeux. Est-ce juste le froid ? Mon bus arrive enfin, je monte dedans machinalement. Comme tout ce que je fais. Je ne vis plus que machinalement. J'ai l'impression de glisser sur un tapis roulant qui m'emporte sans que je ne puisse l'arrêter.
J'entre dans le
collège, personne ne m'attend, je n'attends personne. Je m'assois sur un banc dans le hall, et je vois Angie et Eva s'approcher de moi. Je leur fait la bise et les regarde me parler sans vraiment les écouter. Angie s'agenouille et me demande ce qui ne va pas. Un pâle sourire tout sauf sincère s'étale sur mes lèvres. Nous nous sommes beaucoup rapprochées toutes les deux au cours de l'été passé, depuis que j'ai Internet et mon ordinateur nous parlons ensemble, mais j'ai l'impression que c'est une corde comme les autres, et que dès que j'essaye de m'y accrocher elle lâche à son tour. Mais j'avoue que je ne m'attendais pas à ce qu'elle persiste, et je me suis étonnée à lui raconter mes malheurs, mes coups de blues, et même ce passé si lourd qu'elle m'aide à oublier. Elle compte maintenant tellement dans ma vie que ma plus grande peur est de la perdre.

« - Len
a, qu'est-ce qu'il ne va pas ?
- Rien !
Ça va très bien, j'te promets, c'est juste un coup de fatigue, j'ai pas beaucoup dormi cette nuit...
- C'e
st les vacances jeudi, il ne te reste plus qu'à endurer aujourd'hui, mardi, mercredi pour finir les derniers devoirs et jeudi soir, après la comédie musicale... La liberté !! »
Je souri
s malgré moi. C'est devenue une vraie amie en si peu de temps, une des personnes les plus importantes à mes yeux. Et puis nous nous sommes toutes les deux inscrites à une comédie musicale organisée par le collège, et c'est vrai que ça me remonte le moral.

La son
nerie finit malheureusement par retentir et Angie me guide vers notre salle de classe. Je m'installe sur une chaise et fais face à notre professeur d'anglais. Perdue dans mes pensées, je ne l'écoute pas et l'heure passe plus vite que ce que je n'aurais cru. Je me dirige vers ma salle d'histoire, et passe l'heure de la même façon, remerciant le ciel que je n'aie pas besoin de prendre de notes depuis 2h. Puis la sonnerie de la récrée me sort de ma torpeur et Angie et moi descendons dans la cour. Nous passons une journée pratiquement sans nous parler, ce qui est très étonnant. D'habitude nous nous murmurons des paroles et explosons de rire dans les couloirs sous le regard courroucé des autres élèves, puis nous prenons la main entre deux cours. Ce qui nous a déjà valu des rumeurs dans le dos : «Elles sont lesbiennes les deux troisièmes là-bas ?» Mais nous ne sommes pas le genre de filles à s'en soucier, j'ai apprit à m'en foutre de l'avis des autres, ça m'a déjà trop fait de mal, et Angie est comme ça de nature.
Donc,
inhabituellement, je pars pour mes 2h de latin avec Clémence, ma meilleure amie, toujours sans broncher. Elle s'éloigne dans la direction opposée et une larme coule sur ma joue froide...

La
journée se finit comme ça, et j'appréhende le lendemain. Je ne me connecte pas le soir, je ne suis même pas sûre d'avoir envie de lui parler... Cette situation m'inquiète, et me fatigue aussi. Ce soir je me couche sans broncher, tôt, pour oublier ma peine dans le sommeil. Pas de « rituel », pas d'admiration de la lune et des étoiles qui se reflètent sur les lames posées sur mon tapis, rien. D'ailleurs je jette ces instruments de torture, me promettant une bonne fois pour toutes de vivre ma vie sans penser au passé mais au futur. Mais une voix ne peut s'empêcher de me souffler « Quel futur ?... » Je lui répond ouvertement, et à voix haute « Angie m'aidera ! Et je m'aiderais moi-même ! » La voix se tait en même temps que s'ouvre la porte de ma chambre. Ma mère passe la tête par la porte. « Lena ? », souffle-t-elle doucement. Je fais mine de dormir, elle s'approche, me regarde, passe une mèche de cheveux derrière mon oreille et je m'efforce de ne pas broncher. Puis elle ressort, un sourire aux lèvres. Je m'endors, le même sourire fin sur les miennes. »

L.F.

# Posté le lundi 17 avril 2006 09:17

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:34

« Article précédent : Résumé

Article suivant : Episode 2 »