Episode 12

« Je me réveille en hurlant, des sueurs froides dans le dos. J'ai fait un cauchemar, je m'en rappelle comme si ça c'était réellement passé. J'ai peur, je tremble de tous mes membres, je mets longtemps à m'en remettre. Clémence, au dessus de moi... Je suis attachée, bâillonnée, et elle tient un immense couteau. J'essaye vainement de crier, mais elle me dit en ricanant «Ça ne sert à rien de crier, ma petite, personne ne peut t'entendre ! Maintenant tu vas mourir, sale lesbienne, si tu fais quelque chose d'aussi dégueulasse que d'embrasser une fille la vue du sang ne devrait pas t'effrayer ! » Et elle me poignarde avec son immense couteau, je me vide de me sang, mais avant que je sois morte elle me met sur un bûcher et je vois ma peau se tendre, puis se déchirer et fondre sous la chaleur. Je hurle le plus fort possible, mais elle rit encore et toujours, et je vois la fumée monter de mon corps brûlé, puis une miraculeuse inconscience m'emporte, et je me réveille.
C'éta
it si réel que j'ai l'impression de porter encore les marques des brûlures sur ma chair, je passe ma main sur mon visage, sur mon ventre, mes jambes, mais je ne détecte rien. Pas une brûlure, même pas de la simple chaleur. Pourtant je fonds littéralement à l'intérieur...

A défa
ut d'arriver à me rendormir, je me lève et allume mon ordinateur. Angie n'est pas connectée, forcément vu l'heure qu'il est ! Le cadran de mon réveil indique 8h30, elle ne sera pas debout avant midi. Mon portable vibre, je me précipite dessus dans l'espoir que ce soit Clémence. Mais non, juste mon agenda qui me rappelle que j'ai répétition toute la journée. C'est vrai, j'avais oublié ! Ahhh, tant mieux, je verrais Angie ! Tient, ça commence à 10h ? Eh bien, ça tombe bien je ne suis pas tellement en avance alors ! Je vais doucher pour me changer les idées, fidèle à moi-même je ressors de la douche à 9h30 et m'habille. J'hésite longtemps devant mon armoire, puis sors un jean taille basse, large et long, et un T-shirt noir. Je me maquille, me coiffe et vais prendre un rapide petit déjeuner. Café, jus d'orange et ma mère m'appelle de la voiture. Tiens, elle s'est levée ? Je ne l'avais même pas remarqué !

Dans l
a voiture, pas un bruit. Je ne lui ai rien dit pour nous et je ne compte pas le faire de si tôt ! Quand je vois la réaction de ma meilleure amie, celle qui me connaît le mieux au monde avec Angie, alors en parler à ma mère qui ne me connaît pas et que je ne connais pas, merci bien mais non ! Pas pour l'instant en tout cas ! Elle aussi choisit de ne pas parler, elle doit être un peu dans le cirage, vu l'heure qu'il est. Elle me dépose au collège et repart, tout ça sans une parole.
J
e rentre, espérant y trouver Angie le plus vite possible. Je mets mon sac au casier, tout en me disant que c'est bien tôt tout ça pour un dimanche matin...
So
udain, je la vois entrer, si belle, par la porte du collège. Elle est vraiment magnifique, ses cheveux bruns tombent en boucles sur ses épaules, ses grands yeux verts rayonnent et moi je dois sûrement pétiller de joie à l'heure qu'il est tellement je suis soulagée de la voir. Heureusement qu'elle est là, qu'est-ce que je ferais sans elle ?! Je lui fais la bise, par obligation, puisqu'il y a des gens dans le hall et que je ne peux donc pas l'embrasser... Devoir se cacher, ça aussi quelle plaie ! Mais si tout le monde est comme Clèm, ce n'est pas étonnant... J'ai une rage féroce contre elle qui grandit de plus en plus chaque minute, comme une bombe à retardement en moi, qui explosera le moment venu.
Apr
ès l'avoir saluée, je m'effondre dans les bras d'Angie, sur son épaule si réconfortante, l'aide qui me manquait... Je lui raconte tout, notre journée en ville si bien débutée, puis les hauts, le magasin, le café, la déclaration et sa réaction... Elle est outrée, elle a l'air de lui en vouloir autant si ce n'est plus que moi.

« - Je n'aurais jamais cru ça d'elle !!!! Jamais !!! Je pensais qu'elle n'était pas comme les autres ! Qu'elle au moins avait une once de compréhension, une once de gentillesse, de respect de l'autre !!! Je ne la considérais pas comme « tout le monde »...
- Je sa
is, c'est exactement ce que je me suis dit... Je ne comprends pas sa réaction, j'ai l'impression d'avoir été trahie ! »

Elle me prend dans ses bras, quand Clémence arrive. Dédaigneuse, elle ne rive pas son regard sur nous, va directement en compagnie d'Anna, Margot, et d'autres filles du projet. Pas un mot, pas un regard, rien ! Rien !! Je baisse la tête vers le sol, et Angie me fait un bisou sur le front. Nous nous soutenons, comme d'habitude. La matinée passe, elle nous ignore toujours. Je reste avec Angie, je l'ignore, elle m'ignore, alors que nous sommes deux meilleures amies, deux s½urs de c½ur, alors que nous pensions que jamais rien ne nous séparerait ! C'est vraiment trop bête...
Ent
re midi et deux nous mangeons à lame table que Clémence, Anna et Margot, mais voir Clémence faire sa pimbêche et m'ignorant royalement m'insupporte, alors je monte dans les couloirs. Angie me suit. Je vais aux toilettes, puis ressors et vais m'accouder à la balustrade, en regardant dans le vide, les yeux pleins de larmes. Elle me prend par la taille, m'essuie une larme et me retourne vers elle. Elle me souffle un « Ne pleure pas, s'il te plaît... », puis m'embrasse passionnément. Notre premier baiser depuis vendredi. Il me fait oublier Clémence, ses remarques, ses réflexions, tout le monde extérieur. J'entends un bruit derrière nous. Clémence, le visage inexpressif. Je la regarde.

« - Q
uoi, qu'est-ce qu'il y a ?
- Rien,
je ne pensais jamais un jour voir deux lesbiennes s'embrasser, c'est tout. »

E
t elle s'en va. »

L.F.
Episode 15

# Posté le jeudi 18 mai 2006 14:49

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:34

Episode 16

Episode 16
« J'arrive chez Angie en tripotant la boîte dans ma poche. C'est une archive des nombreux régimes que ma mère a essayés. Il faut dire qu'elle a tout, mais vraiment tout essayé. Pendant une longue période elle n'arrivait pas à s'accepter comme elle est, c'est-à-dire plutôt très ronde, mais belle quand même ! Elle a tenté les alimentations équilibrées des diététiciens, les régimes 0 % en tout genre, les crèmes anticellulite style Roc, Linéance et tutti quanti, les compléments alimentaires des publicités télévisées et enfin les coupe-faim. Si elle savait que je les ai, elle me tuerait. Mais là je ne supporte vraiment plus mon corps. D'ailleurs, Angie aussi me tuerait...
J'ai toujours mal au ventre, j'ai la peau tendue alors que je n'ai rien mangé, mon estomac creux émet de violents gargouillis. Je prends un comprimé juste avant de sonner. Je n'ai pas d'eau, je le fais glisser tant bien que mal dans mon ½sophage avec ma salive, mais il reste bloqué. Je range vite la boîte, et demande un verre d'eau à ma petite amie dès qu'elle ouvre la porte. Je prétexte une quinte de toux effroyable. Une fois le verre bu, le comprimé passe beaucoup mieux. Angie fronce les sourcils derrière moi.

«
- Ça va mieux ? Ta toux est passée ?
-
Oui, oui, c'est bon là. »

Je lui
souris et l'embrasse longuement. Elle me demande si j'ai mangé, je réponds vaguement que oui. Nous montons donc dans sa chambre. J'adore sa chambre, je m'y sens tellement chez moi ! C'est une grande pièce avec un mur incliné. Une large fenêtre la rend très lumineuse, avec sa tapisserie jaune orangée décorée de photos, de cartes postales, d'un immense poster d'un groupe de musique et même d'un t-shirt tagué. Dans le fond à droite se tient son bureau, recouvert de bordel, de paperasse et de quelques bougies, et surtout avec son ordinateur par le biais duquel nous avons tant parlé. A gauche, son armoire avec derrière une longue chauffeuse en dessous d'une étagère soutenant une pile de Cds et une mini chaîne. Sur le tableau à craie en dessous de l'étagère, j'ai griffonné un petit mot pour chaque jour de la semaine. Sous la fenêtre, dans le mur du fond, son piano, et à gauche du piano une guitare avec un ampli, illuminés par une petite lampe avec un abat-jour rouge rigide.
E
n dessous du mur incliné, à droite de la porte, est placé son lit, recouvert d'une housse de couette confortable à l'effigie de l'Afrique. Au dessus du lit encore une étagère soutenant une lampe, deux vases contenant des fleurs en plastique, et un radio réveil qui ne sert jamais. A cô du lit, une table de chevet avec dessus quelques bijoux en argent, une coupole striée avec une grosse bougie rouge, et une lampe produisant de grosses bulles rouges qui me font penser à de la lave en fusion. Sur le mur est suspendu le fameux t-shirt, et sa guitare préférée, au dessus d'une guitare bleue poe par terre, ma guitare préférée à moi. Et enfin, derrière la porte, un porte manteau surchargé, encore une guitare et un petit meuble soutenant un miroir allongé. Miroir dans lequel j'évite soigneusement de me regarder.

Je m'installe sur son lit, comme à l'accoutumée. Elle s'assoit à côté de moi et me caresse le dos en me regardant soucieusement.

« - Q
u'est-ce qu'il se passe, Lena ? Je vois bien qu'il y a quelque chose, je ne suis pas aveugle !
-
Mais il n'y a rien Angie !
- Arrête ça, tu as vu tes traits tirés, tes sourcils en permanence froncés, ton absence de sourire... Tu n'es jamais comme ça d'habitude ! »

Je
n'ose pas lui dire que c'est le manque de nourriture qui me rend aussi faible. Je ne mens jamais à Angie, mais je ne veux pas la voir s'inquiéter pour moi, élever la voix en me disant que c'est n'importe quoi, que je suis parfaite comme ça et que je n'ai aucun besoin de maigrir. Je sais qu'elle me trouve très belle, mais je suis persuadée qu'elle dit ça pour me faire plaisir, et puis ne dit-on pas toujours que l'amour rend aveugle ? J'invente donc une excuse bidon que je dis faiblement en rougissant, les yeux baissés.

« -
Je m'inquiète juste pour... ma relation avec Clémence... Tu as bien vu comment elle a réagit ! J'ai peur qu'elle en ait parlé à quelqu'un, et qu'on soit bientôt la risée du collège, les nouvelles attractions, les bêtes de foire, tu vois ce que je veux dire ?
-
Mais non, ne t'en fais pas pour ça ! Je suis sûre qu'elle n'a rien dit ! Et puis je n'ai pas peur des insultes ou des regards des autres, loin de là ! Je suis fière de sortir avec toi, fière de t'aimer, fière de ce que je suis, et ça personne ne pourra le changer !
- J
e sais bien, mais moi je ne suis pas sûre de pouvoir tout encaisser... Je n'ai pas envie de crouler sous les rires moqueurs et les insultes, les regards dégoûtés, les questions du style « c'est vraiment vrai que t'es gouine ? », et autres imbécillités ! J'ai confiance en notre couple, confiance en nous, confiance en toi, mais ça ne m'empêche pas d'avoir peur de ça...
- N'a
ies pas peur mon amour, je suis là, et on va se battre ensemble ! Contre la morale des gens et leur esprit fermé, contre la soi-disant normalité qui empêchent les personnes qui ont pour seul tort d'être différentes de vivre normalement !
-
Et puis je crois que si mes parents l'apprenaient, ils m'empêcheraient de te revoir...
- R
ien ni personne ne pourra me séparer de toi, tu es gravée en moi mon Etoile... »

L.F.

# Posté le jeudi 18 mai 2006 14:56

Modifié le lundi 23 juillet 2007 01:00

Episode 17

« Je repars de chez Angie vers 18h30, avec ce pincement dans le c½ur significatif d'un départ de chez elle. J'ai toujours détesté rentrer chez moi après avoir passé du temps là-bas, je m'y sens tellement bien, tellement chez moi, que l'enfer que je vis à la maison me semble encore moins supportable que d'habitude après tout ce calme, cette sérénité. Mais là je suis mal. Parce que je lui ai mentit, je lui ai caché quelque chose. Je ne l'avais encore jamais fait !!!
M
ais elle va m'obliger à arrêter si je lui en parle... Alors je ne dis rien...

J
e rentre chez moi et m'enferme dans ma chambre, protestant un mal de ventre insoutenable. Ce qui n'est pas tout à fait faux : je meurs de faim. Je prends 3 cachets, alors que la dose maximum est 1 cachet toutes les 6 heures. J'ai la tête qui tourne un peu, je m'allonge. Je m'endors et me réveille à 9h du soir. Mes parents n'ont pas osé me réveiller pour manger apparemment, ou alors ils m'ont oubliée... Ça ne m'étonnerait pas. Je reprends 3 cachets et continue à dormir. Le lendemain matin, quand je me réveille, je ne pense à rien d'autre que mon poids. Combien de kilos ai-je perdu ?! En ai-je déjà reprit ?! Non, impossible ! A mon grand regret, ma mère m'appelle pour petit-déjeuner. Je la suis dans la cuisine et dit que j'ai toujours mal au ventre. Elle me force à avaler un bol de chocolat chaud et deux tartines de beurre et de confiture. Je mange sans véritable goût, je compte les calories que représentent ces apports en graisses inutiles ! Je voudrais résonner ma mère, lui dire que je suis vraiment immense, mais elle ne me croirait pas, je ne veux pas passer pour une folle auprès d'elle, nous sommes déjà suffisamment distantes l'une de l'autre...
Je f
ile aux toilettes et me fais vomir tout ce que je viens d'avaler. C'est toujours aussi horrible, mais je vais jusqu'au bout, en me disant qu'il « faut ce qu'il faut » ! Puis je vais dans ma chambre et me rendors. Ça fait plus de deux jours que je ne me suis pas connectée. La journée du lendemain est exactement identique, mais je décide d'aller courir un peu pour perdre plus de poids. Je m'étonne franchement : j'ai toujours haï le sport et en temps normal, même pour tout l'or du monde je ne serais pas allée courir ! Je recommence minute pour minute ce programme pendant deux jours durant. Aujourd'hui, j'ingère 8 comprimés ensemble. Je sais que ça peut être dangereux, mais je n'y fais plus attention. Une seule chose compte : mon poids. Perdre toute cette graisse qui m'emprisonne. J'ai déjà perdu 6 kilos en quatre jours. Je suis fière de moi ! Si je continue encore ça quelques jours, j'aurais perdu assez de poids pour me sentir enfin moi. Mais pourtant, même avec 6 kilogrammes en moins, je me sens encore immense. Je me tâte le ventre, la graisse, et il y en a moins. Beaucoup moins, presque plus rien à vrai dire. Mais c'est encore trop !!! Je n'ai pas parlé à Angie depuis quatre jours. Elle me manque. Mais si je lui parle de mon régime, elle va s'inquiéter, alors que c'est juste histoire de perdre quelques kilos, rien de bien grave, rien d'inquiétant ! Je continue pendant 3 jours encore. Je n'ai rien mangé à part de la salade depuis 7 jours. J'ai vomit tout le reste. Je me sens faible en permanence, ma tête me tourne, alors je prends des vitamines. 3 comprimés de vitamines par jour, une à chaque présumé repas, et puis maintenant presque 10 coupe-faim. J'ai perdu 10 kilos en tout. Mais je n'arrive plus à manger, la nourriture a un goût de cendre dans la bouche. J'ai oublié tout et tout le monde à part mon poids. Mon visage devient cireux, mon teint pâle. Je me regarde dans le miroir : j'ai vraiment perdu beaucoup de poids. Plus un gramme de graisse. Mais est-ce assez ? Mes cachets sont mes meilleurs amis, les seuls qui me sont fidèles ! La preuve, les autres ne se sont pas souciés de moi une seconde ! Ni Clémence, ni Angie. Les vacances sont bientôt finies, on reprend les cours demain matin. Au moment où je me fais cette remarque, le téléphone sonne. J'entends au bout du fil une Angie complètement paniquée.

« - Len
a !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Mais qu'est-ce que tu fabriques ?!?!?!?!? Où tu es passée ?!?!? Je m'inquiète comme une dingue !!!
-
Mais non, il ne faut pas chérie !! J'étais juste très fatiguée ces derniers jours, et un peu malade. Je suis restée couchée presque toute la semaine. Depuis 7 jours, et tu n'appelles que maintenant...
- Qu'est-ce que tu racontes ?!?!? Je t'ai envoyé une dizaine de mails et de texto !
- Ecoute, on se voit demain en cours d'accord ? Bisous mon amour, je t'aime. »

Et j
e raccroche. Elle n'a pas à s'inquiéter ! Je vais bien, très bien. Je décide que j'ai assez perdu de poids à présent. Je regarde fixement la boîte de coupe-faims. Je devrais la jeter... Ou bien simplement la remettre à sa place ?... NON ! J'irais la rechercher, j'en suis sûre. Non, il faut la jeter. Pourquoi ai-je tant de mal à m'en parer ?!... Ce n'est pas normal, après tout ce n'est rien de plus que des cachets ! J'en prends encore un pour la route et mets la boîte dans la poubelle. Je mange normalement, le soir. Mais je n'ai plus le goût de la nourriture, c'est tellement inutile !! Et puis pourquoi tout a ce goût de cendres ?...
Je
m'endors rapidement, et le lendemain je m'habille pour aller en cours. Tous mes pantalons me sont devenus trop grands, et mes hauts moulants sont larges. J'ai perdu de la poitrine, du ventre, des fesses, de cuisses... 10 kg répartis sur l'ensemble de mon corps. J'arrive au collège, en noir comme d'habitude. Finalement, j'ai reprit les comprimés, je les ai glissés dans ma poche. C'est vrai, quoi, on ne sait jamais, en cas d'urgence... Quand j'arrive, Clémence ouvre de grands yeux, plaque une main sur sa bouche. Angie me regarde, longtemps, comme si elle ne me reconnaissait pas. Puis elle dit « Lena... Mais qu'est-ce que tu as fait ?!? Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?... » avant de fondre en larmes. Quand je veux la consoler, je me baisse pour voir son visage, et la boîte de coupe-faim tombe de ma poche... Angie la ramasse, et me regarde, ébahie... Je rougis et baisse les yeux... »

L.F
.
Episode 17

# Posté le lundi 22 mai 2006 15:06

Modifié le dimanche 18 juin 2006 08:13

Episode 18

« - Je suis désolée Angie, il fallait juste que je perde un peu de poids... Je... Je ne pouvais pas t'en parler !! »

Je fo
nds en larmes. A elle de me consoler. Clémence reste à côté, la regarde me prendre dans ses bras. J'étouffe dans mes larmes, je me noie dans ma tristesse. Je voulais juste perdre quelques kilos ! Pas grand-chose, juste de quoi mieux m'aimer... Elle me réconforte, me dit que de toute façon maintenant c'est passé, qu'elle est là, que ça ira mieux.

« - C'es
t fini mon Etoile...
-
Oui, c'est fini hein ?
- On
est toutes les deux maintenant, ça va aller... Je suis là mon amour... Tu vas tout me raconter... »

Je lui raconte donc tout. Le reflet immense du miroir, mon poids grandissant, les comprimés, le manque de nourriture, les vertiges, la chute de poids, la course à pied, le goût de cendre des aliments, la dépendance aux coupe-faim, etc.... Je lui dis tout, du début à la fin. Elle me rassure, me dit que c'est fini, que maintenant je vais reprendre un rythme de vie normale. Elle me promet de me rendre la boîte si je remange. Je décide donc de recommencer à manger. Après mes explications sur mon état, Angie essaye de me faire rentrer avec douceur dans le crâne que je suis anorexique. Je lui ris au nez, affirmant que c'est impossible. Je l'aurais su, non ?!... C'était juste un simple petit régime, rien de grave, pas de quoi s'inquiéter. Elle finit par accepter mes arguments, mais elle a l'air moyennement convaincue.
Il est 12h30. Nous nous installons à une table, Angie, Clémence et moi, chacune un plateau entre les mains. J'ai déjà ressenti une gêne quand j'ai touché la nourriture au self. Mon plateau n'est rempli que de l'assiette du repas obligatoire et des couverts. Pas d'entrée, ni de dessert. Je fixe mon assiette, sans ciller. Clémence et Angie mangent en discutant, en riant. Soudaine je me sens infiniment seule... Je repousse la nourriture, les yeux pleins de larmes, et remplis mon verre d'eau en attrapant maladroitement la cruche. Je veux juste maigrir, encore plus, tant pis, je ne mangerais plus jamais s'il la faut ! Je ferais tout pour mincir. TOUT. Je préfèrerais mourir plutôt que vivre aussi grosse.
Les i
nsultes résonnent à nouveau dans mon crâne. Je cherche fébrilement la boîte de comprimés dans ma poche. J'en sors quelques uns, 5 ou peut-être 10... J'ai apprit à avaler les cachets, même plusieurs ensemble, maintenant, alors qu'avant je n'y arrivais pas. Je mets tous les médicaments en même temps dans ma bouche, et vide un verre d'eau en les avalant tous. Angie n'a heureusement rien remarqué à mon manège, elle discute toujours. Je remplis le verre une nouvelle fois, ingurgite encore une dizaine de comprimés. Et encore une fois. Je recommence ce manège 3 fois. Il devait rester une cinquantaine de coupe-faim dans la boîte avant, j'ai dû en prendre presque 30 d'un seul coup. J'essaye de recommencer encore une fois, mais Angie s'en aperçoit enfin, et bloque mon bras, puis se met à crier.

« - Lena !!! Mais qu'est-ce que tu fais ?!
-
Rien... »

J
e lui réponds aussi faiblement et calmement qu'elle m'a parlé fort et violemment. Elle m'arrache la boîte des mains, et attrape ma fourchette. Elle la plante dans les spaghettis bolognaise, gras et caloriques, qui encombrent mon assiette. Elle la dirige vers moi, dégoulinante de pâte, et sans que j'ai le temps de faire un mouvement je sens la fourchette déposer les aliments dans ma bouche malgré moi et ressortir. Angie, en pleurant, laisse tomber la fourchette sur mon plateau et crie encore.

« -
Mange !!!!!!!
-
Non...
-
MANGE !!!!!!!
-
Non... »

Je re
crache tout ce que ma bouche contient. Clémence, qui jusque là n'est pas intervenue, s'y met aussi. Elles me crient toutes les deux d'avaler. Tout le monde a les yeux fixés sur nous dans la cantine, mais elles n'y font pas attention. Je crois que je suis en train de devenir folle. Mon c½ur bat si fort dans ma poitrine, je brûle de l'intérieur, je n'arrive plus à respirer, ma tête tourne, ma vue se brouille... Angie réessaye de me forcer à manger et j'explose.

« - NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !!!!!! Je ne MANGERAIS PAS !!! »

Je
tape fortement dans mon assiette. Les nouilles volent, je pousse malhabilement ma chaise en arrière, en titubant. Je suis dingue, je n'arrive plus à maîtriser mes gestes. Clémence s'approche de moi, me prend le bras pour me faire me rassoire. Je la gifle. J'attrape de la nourriture à pleine main, et la jette par terre en hurlant que c'est des calories inutiles, que je refuse de manger, de grossir ! Je titube, mets ma main à mon front. Mes jambes sont si molles ! Je lance encore des pâtes. Une pluie orange et jaune ! Des serpentins ! Mais où suis-je ? Suis-je folle ? J'en ai bien l'impression... Je suis trop faible pour me reprendre en main, je ne sais pas ce qui m'arrive. Je sens le sol aller en venir vers moi, mes yeux se révulsent, je tombe et m'étale sur le sol sale.

Vide. Noir. »

L.F.
Episode 18

# Posté le mardi 30 mai 2006 12:51

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:33

Episode 19

« Bip ! Bip ! Bip !... Le bruit des machines... J'ouvre les yeux avec difficulté. J'ai l'impression que mes paupières pèsent 50 kg chacune. Elles oscillent, se ferment puis se rouvrent, et enfin une chambre floue apparaît. Blanche. Du blanc partout. Un lit en fer recouvert de draps blancs, 4 ou 5 machines qui émettent ces fameux « bips » réguliers et stridents, et une drôle de pancarte accrochée au devant de mon lit où je suis allongée, vêtue d'une robe blanche. A ma droite, une fenêtre au cadre blanc dont les rideaux blancs sont tirés. J'essaye de bouger mais ma tête me fait trop mal, et mon dieu ce qu'elle est lourde ! Autant que le reste de mes membres, d'ailleurs. Je ne peux pas faire un seul mouvement, pas même lever un doigt. Je m'apprête à me résigner quand soudain j'aperçois ce petit détail, pourtant si terrifiant. La panique s'empare de moi, de mon c½ur, mon corps, mon âme.
En
face de moi, fixé sur la porte, un miroir...
Je me regarde. Je suis
si pâle, on dirait une morte. Et puis tellement grosse !!! C'est un miroir élargissant, ce n'est pas possible ! Je commence à crier, sans bouger les yeux. Mon cri s'amplifie, j'essaye de remuer dans mon lit, de me débattre, de m'enfuir, mais c'est impossible. Je n'ai pas le contrôle de mon corps, je suis trop faible pour bouger, ou bien peut-être que je suis si immense que je ne peux plus faire un mouvement ?... Soudain la porte s'ouvre, le miroir bouge et je ne me vois plus dedans, j'arrête de crier, mes larmes s'estompent. Soulagée de ne pas avoir à m'affronter plus longtemps... Mais je me promets que ça va changer, qu'un jour je serais mince et que je n'aurais plus peur de me montrer !
Une in
firmière, Rosa d'après sa blouse, pénètre dans la pièce en souriant, mais les sourcils froncés.

« - Qu'es
t-ce qu'il se passe mademoiselle ? Vous êtes bien... »

El
le jette un coup d'½il sur la fiche au bord du lit.

« - .
.. Lena Harker ?
-
Moi ? Non, je suis... Lena... Caldin... Vous n'avez pas le... bon nom, je crois... »

Ouvrir la bouche et parler m'a demandé un effort surhumain. Mais maintenant que j'ai dit les premiers mots, le reste devrait aller. Pourtant bouger m'est toujours impossible.

« - Vous
êtes sûres ?
- Je
ne suis pas folle... Je sais quand même... comment je m'appelle !
-
Très bien... Pourtant c'est ici que vous êtes née, et on vous a enregistrée sous ce nom... Ce doit être une erreur, je suppose.
- Sûre
ment... Est-ce que je peux savoir où je suis et pourquoi ?...
- Vou
s avez fait un malaise au collège, en plein milieu de la cantine.
- A
h bon ? Je ne m'en souviens pas... Quand ça ?
-
Il y a une semaine Mademoiselle... »

J
e tombe de haut. Il y a une semaine ?!? Donc je suis ici depuis 7 jours ?!? Impossible ! Je n'ai jamais vu cette chambre ! Le choc me redonne des forces.

« - Mais... C'est la première fois que je vois cette chambre ! C'est impossible !
- Vou
s venez de vous réveiller d'un coma léger, Mlle Caldin. Vous êtes arrivée aux urgences et on vous a fait un lavage d'estomac. Deux jeunes filles ont attendu toute la nuit dans le couloir, et le médecin est venu leur demander si elles savaient ce qui avait provoqué ce vertige. L'une d'elle a déclaré que vous souffriez d'anorexie. Effectivement on a détecté dans votre estomac un manque de nourriture flagrant, et des doses de médicaments amincissants en surplus. On vous a donc placée en Service Anorexie jusqu'à votre réveil, où vous vous trouvez maintenant. Voilà, vous savez tout !
- M
ais... mais je ne suis pas anorexique !!! C'est Angie qui vous a dit ça ?!? Elle se trompe !! Je faisais juste un simple régime !
- Si v
ous n'êtes effectivement pas anorexique vous devriez être sortie d'ici quelques jours, mais d'après vos vergetures présentes sur les hanches, le ventre, les bras, les jambes et même le dos, vous devez avoir perdu une dizaine de kilos en très peu de temps. Maintenant ne vous affolez pas, vous avez de la visite. Votre amie va rester une dizaine de minutes, ensuite le médecin passera vous voir et puis vous déjeunerez. Le programme vous va ?
- Très bien..
. »

Je ne compte
pas manger, mais la « visite » me réjouit. Je suis persuadée que c'est Angie ! Effectivement, quand l'infirmière sort c'est elle qui rentre. Mon dieu que c'est bon de la voir ! Elle m'a tellement manqué ! Ses yeux sont entourés d'immenses cernes, elle n'a pas dû dormir de la semaine. Les marques rouges débordant de ses yeux, souvenirs des larmes qu'elle a dû verser, achève de m'émouvoir. Elle se jette dans mes bras.

«
- Lena !!! Tu m'as fait tellement peur...
- Angie,
qu'est-ce que tu m'as manquée... Qu'est-ce que tu es allée raconter au médecin ?!
-
Lena, que tu le veuilles ou non tu dois te faire soigner, pour moi... Cela fait plus d'une semaine que je passe mes nuits ici ! Tiens, je t'ai ramené un petit quelque chose... »

D'une t
endresse infinie, elle dépose une douce rose dans un vase, et mes larmes coulent enfin, j'accepte enfin... Je suis anorexique... »

L.F.
Episode 19

# Posté le mercredi 31 mai 2006 05:51

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:34