Episode 10

Episode 10
« Nous sortons de la boutique, Clémence s'extasiant sur son achat et piaillant encore plus que d'habitude. D'ailleurs elle piaille de remerciements, là. Elle est à deux doigts de me lécher les pieds. Je m'éloigne un peu d'elle pour plus de sûreté, et histoire de ne pas porter la responsabilité si la maréchaussée venait à l'arrêter pour l'interner en asile psychiatrique.
Moi
je pense. Je me demande ce que je vais lui dire, si je vais lui dire et surtout comment je vais lui dire. Je peux pas lui lancer comme ça «Clémence, tu sais ce qu'il m'est arrivé ?! Je suis devenue lesbienne et figure-toi que je sors avec Angie ! » Non, non, ça va pas du tout. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir dire ?!
Cl
émence s'aperçoit de mon malaise et arrêter de s'extasier pour s'intéresser à ma tête de déterrée.

«
- Ehhh, qu'est-ce qu'il se passe ma Lenoui... ma Lena ?
- Be
n pas grand-chose... J'me pose des questions sur le... le type de relation que j'ai avec Angie.
- Ah.
»

Peti
t blanc qui ne vaut rien de bon. Elle doit fléchir au sens de ma maxime.

« -
C'est-à-dire ? »

Co
mme de juste Einsteinette n'a pas pigé. Je vais devoir me fader l'explication du siècle au ralenti pour que tous les mots soient bien véhicus jusqu'au cerveau. Non, j'exagère, je suis méchante là. C'est quand même ma meilleure amie au monde qui est irremplaçable. Mais n'empêche que dès fois on se demande s'il est au chômage ou juste en grève, Mr Cerveau.

«
- Ben, tu vois quoi... Toi tu es sans contexte ma meilleure amie. Mais Angie est... beaucoup plus qu'une amie, plus qu'une meilleure amie même, sans te vexer, mais en même temps tellement moins !
-
Hein ? »

Ç
a y est, le super cri de guerre, semblable au mugissement du bébé zébu attardé, apportant la preuve formelle et incontestable que Mr Cerveau n'est PAS en activité à l'heure qu'il est.

«
- Mais c'est pas dur à comprendre ! C'est plus que de l'amitié, alors je me demande juste si c'est... tu vois, quoi, de l'amour...
- HEIN ? »

Mon d
ieu mon dieu, que cette fille est bête quand elle veut ! Bon, ok, tentons une autre approche... Je vais y aller direct, franco, mais je ne me porte pas responsable des troubles ou dommages mentaux qui pourraient suivre cette révélation.

«
- Clémence... Angie et moi sortons ensemble.
- Ang
ie et toi quoi ? J'ai mal comprit, j'ai cru t'entendre dire que tu sortais avec Angie.
-
Ben pour être exacte j'ai plus dit qu'Angie et moi on sortait ensemble, mais j'crois qu'au final ça revient au même.
-
Attends attends attends... Tu veux dire que... Tu es HOMO ?
- No
n, je suis bi, nuance.
- Quelle nuance ?! Ça revient au même, tu sors avec une FILLE ! Or il se trouve que tu ES une FILLE !
- Noooooooon, c'est vrai ? Ah bon. Je me disais bien qu'il me manquait quelque chose entre les jambes, tu viens de résoudre le mystère qui planait sur moi depuis ma naissance. Merci beaucoup de ta précieuse aide, Clèm.
-
De rien. »

Arghh
hhhhh, ciel mais que cette fille est cruche !! Ne me dites pas qu'elle a vraiment cru à mon histoire de doute sur ma féminosité ?! Au secours !!

« - La nuance c'est que si un jour notre couple venait à casser, je ressortirais avec un mec ! Je ne suis pas plus homo que toi, je suis exclusivement attirée par Angie ! Sinon je ne regarde pas les filles dans la rue ou tout ce que tu veux, je suis attirée par les mecs autrement. Angie est une sorte... d'exception.
- Ah bon...
- Tu
comprends ? T'es choquée ? Tu te dis quoi là ?
- Ri
en, sauf que je ne pensais jamais t'entendre me raconter que tu sors avec une fille...
- En
me temps c'est mieux pour toi, ça t'enlève tes doutes ! Puisque je sors avec elle tu gardes ta place de meilleure amie que tu pensais avoir perdue !
- Oua
is... »

Elle baisse la tête, je me penche en avant pour la regarder. Mais qu'est-ce qu'elle peut bien se dire, ?!? C'est une des personnes à laquelle je tiens le plus, et je ne veux pas qu'elle réagisse mal. Je sais bien qu'avec ses parents c'est dur d'avoir l'esprit assez ouvert pour accepter ça en toute logique des choses, mais bon... Je me penche à gauche, toujours baissée vers l'avant, et relève une mèche de ses cheveux pour apercevoir son visage, en prononçant son nom. Manque de bol, mes pieds dérapent sur une plaque d'égout mal mise et je m'étale ridiculeusement de tout mon long sur la chaussée, devant le regard ébahi de Clémence et les rires justifiés des passants. »

L.F.

# Posté le samedi 29 avril 2006 20:13

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:34

Episode 11

« Clémence se précipite sur moi et me demande comment ça va. Je me relève péniblement puis me rends compte de la situation. Les gens m'entourent, la plupart écroulés de rire. Je finis par repasser ma chute dans ma tête et explose de rire sous le comique de la scène. Du coup les gens me regardent encore plus bizarrement. Forcément, une imbécile qui se casse la gueule, se relève et, au lieu de faire une grimace, regarder si elle a rien de cassé ou même pleurer, elle est morte de rire. Ça a de quoi étonner certains. Je sais, je suis un « cas ».
Je regarde Clémence, qui a toujours les yeux comme des soucoupes. Eh ben dis donc, je sais même pas comment elle fait pour arriver à écarquiller les yeux aussi grand. Si ça se trouve, si je lui achète des allumettes pour les yeux à son anniversaire, elle va battre le record des Yeux-les-plus-grands-ouverts, et ma meilleure amie sera célèbre dans le Livre des Records ! Génial !
Bon, arrêtons le délire, je la regarde et lui fait : « tu viens ? ». Sans ouvrir la bouche, elle traîne les pieds jusqu'à côté de moi, et nous marchons un moment en silence. Puis je propose de m'arrêter dans un café, elle acquiesce, toujours en silence. Une fois assises, j'explose.

« - Clémence, tu peux m'expliquer ce qu'il se passe ?! C'est si dramatique que je me sois ramassée avant ?! C'est pour ça que tu parles plus ou quoi ?!
- ...
- Tu dis quelque chose tout de suite ou bien je prends le premier bus qui part d'ici et je rentre sans toi !!! »

Elle me connaît, elle sait parfaitement que je suis capable de le faire. Elle ouvre donc péniblement la bouche. Ohlàlà, c'est si compliqué de faire un simple mouvement de mâchoire ?! On dirait, j'ai l'impression qu'elle a mangé de... la colle. De la colle forte on dirait, même... Super Glu ? Ah, un nouveau surnom !! Ça lui ira à merveille.

« - Eh b
ien...
- Br
avo, Clèm ! Tu es sur la bonne voie ! Continue comme ça !
- Oh, arrê
te ! J'ai juste du mal à avaler le fait que tu sois LESBIENNE ! Je n'aurais jamais pensé ÇA de TOI !
- Ça veut dire quoi, ça ? Que c'est trop la honte d'être homosexuelle et que jamais de la vie Sa Comtesse ne se serait imaginée que la bonniche de service que Sa Royauté appelle aimablement « meilleure amie » ne s'abaisserait à ce niveau !
- Ne dis
pas n'importe quoi, Lena, j'ai jamais dit ça !
- Ben tu l
'as pensé très fort !
- C'est pas vrai, je voulais juste dire que...
- Continue
même pas ! Je veux surtout pas entendre le tas de conneries que tu vas sortir, en bonne petite bourge bien élevée qui refuse totalement l'idée d'autre chose que la soi-disant « normalité » et pour qui les homos sont des extraterrestres ! Garde ton discours pour ton chêêêêêêr Louis XIV, tu lui diras bonjour de ma part la prochaine fois que tu le croises ! Sur ce, je te laisse, en espérant pour toi que personne ne soit homo dans ce café ! Imagine si c'était contagieux !
-
M... »

El
le a pas le temps d'en placer une. Je suis enragée, et j'ai dû hurler ma dernière phrase un peu trop fort, de sorte que tout le monde me regarde encore, pour la deuxième fois de la journée. J'en ai marre de passer pour la bête de cirque, c'est quand même pas si exceptionnel d'aimer quelqu'un du même sexe que soi ! Pourquoi tout le monde considère ça comme une maladie ?!?
J
e sors violemment du café en renversant ma chaise en me levant et en claquant la porte derrière moi. A travers la vitrine je vois Clémence toujours attablée, encore plus ébahie qu'avant. Mais j'en ai rien à foutre qu'elle soit ébahie, elle a qu'à être ébahie ! Elle m'a trahie ! Déçue ! Une larme coule sur ma joue...
Au-delà de
la colère, une pensée me lacère le c½ur. Une petite voix me crie désagréablement dans les oreilles que je viens de perdre ma meilleure amie. Je lui réplique que ce n'est pas vrai, et que ce n'est pas une petite dispute qui va nous séparer, que nous sommes liées pour la vie. Mais je finis par en douter...
Au moment o
ù j'arrive à la gare routière, un bus est sur le point de partir. Je le prends en vitesse et pour rentrer chez moi. Il pleut à flots dehors, et je suis trempée puisque j'ai couru pour venir jusqu'ici. Mon pantalon en velours est mouillé jusqu'aux genoux et je grelotte. Pourtant je ne sens rien, et les larmes qui coulent sur mes joues sont plus froides que n'importe quel glaçon. C'est comme si ses paroles avaient gelé mon âme, que la colère l'avait fait déborder, et que maintenant elle sortait de mes yeux, devenue trop froide et trop importante pour rester à l'intérieur de mon être. Je récolte une goutte dme humide sur mon doigt, et l'examine. Le reflet de la vitre y fait tourbillonner des volutes argentées et bleutées, et j'en déduis que ma colère est d'azur et ma tristesse d'argent...
Je pas
se le trajet ainsi, ruminant ma peine et ma haine, deux sentiments totalement contraires, et pourtant j'éprouve les deux. Je n'arrive même pas à imaginer comment elle a pu réagir comme ça. Moi qui pensais que ça allait être la personne à nous féliciter le plus, la première au courant, la plus importante... Je savais que tout le monde allait nous montrer du doigt, mais je ne classais pas ma meilleure amie dans la catégorie « tout le monde ». Je saurais maintenant que la méchanceté et le jugement n'ont pas de catégorie...
U
ne fois rentrée, je pose le téléphone fixe et mon portable à côté de moi et m'allonge sur mon lit, sans même avoir la force ou le courage d'allumer l'ordinateur pour raconter sa réaction à Angie. Je suis certaine que Clémence va m'appeler, ça serait tellement logique ! Elle doit s'excuser, elle VA s'excuser je le sais ! Elle n'est pas du genre à faire mal sans remords. J'attends, encore et toujours, jusqu'à la tombée de la nuit. Rien. Pas un coup de fil. Elle n'a pas appelé. Je vais me coucher et pleure sans arriver à dormir jusqu'au petit matin. »

L.F
.
Episode 11

# Posté le mardi 02 mai 2006 11:46

Modifié le lundi 22 mai 2006 15:04

Episode 12

Episode 12
« Je me réveille en hurlant, des sueurs froides dans le dos. J'ai fait un cauchemar, je m'en rappelle comme si ça c'était réellement passé. J'ai peur, je tremble de tous mes membres, je mets longtemps à m'en remettre. Clémence, au dessus de moi... Je suis attachée, bâillonnée, et elle tient un immense couteau. J'essaye vainement de crier, mais elle me dit en ricanant «Ça ne sert à rien de crier, ma petite, personne ne peut t'entendre ! Maintenant tu vas mourir, sale lesbienne, si tu fais quelque chose d'aussi dégueulasse que d'embrasser une fille la vue du sang ne devrait pas t'effrayer ! » Et elle me poignarde avec son immense couteau, je me vide de me sang, mais avant que je sois morte elle me met sur un bûcher et je vois ma peau se tendre, puis se déchirer et fondre sous la chaleur. Je hurle le plus fort possible, mais elle rit encore et toujours, et je vois la fumée monter de mon corps brûlé, puis une miraculeuse inconscience m'emporte, et je me réveille.
C'éta
it si réel que j'ai l'impression de porter encore les marques des brûlures sur ma chair, je passe ma main sur mon visage, sur mon ventre, mes jambes, mais je ne détecte rien. Pas une brûlure, même pas de la simple chaleur. Pourtant je fonds littéralement à l'intérieur...

A défa
ut d'arriver à me rendormir, je me lève et allume mon ordinateur. Angie n'est pas connectée, forcément vu l'heure qu'il est ! Le cadran de mon réveil indique 8h30, elle ne sera pas debout avant midi. Mon portable vibre, je me précipite dessus dans l'espoir que ce soit Clémence. Mais non, juste mon agenda qui me rappelle que j'ai répétition toute la journée. C'est vrai, j'avais oublié ! Ahhh, tant mieux, je verrais Angie ! Tient, ça commence à 10h ? Eh bien, ça tombe bien je ne suis pas tellement en avance alors ! Je vais doucher pour me changer les idées, fidèle à moi-même je ressors de la douche à 9h30 et m'habille. J'hésite longtemps devant mon armoire, puis sors un jean taille basse, large et long, et un T-shirt noir. Je me maquille, me coiffe et vais prendre un rapide petit déjeuner. Café, jus d'orange et ma mère m'appelle de la voiture. Tiens, elle s'est levée ? Je ne l'avais même pas remarqué !

Dans l
a voiture, pas un bruit. Je ne lui ai rien dit pour nous et je ne compte pas le faire de si tôt ! Quand je vois la réaction de ma meilleure amie, celle qui me connaît le mieux au monde avec Angie, alors en parler à ma mère qui ne me connaît pas et que je ne connais pas, merci bien mais non ! Pas pour l'instant en tout cas ! Elle aussi choisit de ne pas parler, elle doit être un peu dans le cirage, vu l'heure qu'il est. Elle me dépose au collège et repart, tout ça sans une parole.
J
e rentre, espérant y trouver Angie le plus vite possible. Je mets mon sac au casier, tout en me disant que c'est bien tôt tout ça pour un dimanche matin...
So
udain, je la vois entrer, si belle, par la porte du collège. Elle est vraiment magnifique, ses cheveux bruns tombent en boucles sur ses épaules, ses grands yeux verts rayonnent et moi je dois sûrement pétiller de joie à l'heure qu'il est tellement je suis soulagée de la voir. Heureusement qu'elle est là, qu'est-ce que je ferais sans elle ?! Je lui fais la bise, par obligation, puisqu'il y a des gens dans le hall et que je ne peux donc pas l'embrasser... Devoir se cacher, ça aussi quelle plaie ! Mais si tout le monde est comme Clèm, ce n'est pas étonnant... J'ai une rage féroce contre elle qui grandit de plus en plus chaque minute, comme une bombe à retardement en moi, qui explosera le moment venu.
Apr
ès l'avoir saluée, je m'effondre dans les bras d'Angie, sur son épaule si réconfortante, l'aide qui me manquait... Je lui raconte tout, notre journée en ville si bien débutée, puis les hauts, le magasin, le café, la déclaration et sa réaction... Elle est outrée, elle a l'air de lui en vouloir autant si ce n'est plus que moi.

« - Je n'aurais jamais cru ça d'elle !!!! Jamais !!! Je pensais qu'elle n'était pas comme les autres ! Qu'elle au moins avait une once de compréhension, une once de gentillesse, de respect de l'autre !!! Je ne la considérais pas comme « tout le monde »...
- Je sa
is, c'est exactement ce que je me suis dit... Je ne comprends pas sa réaction, j'ai l'impression d'avoir été trahie ! »

Elle me prend dans ses bras, quand Clémence arrive. Dédaigneuse, elle ne rive pas son regard sur nous, va directement en compagnie d'Anna, Margot, et d'autres filles du projet. Pas un mot, pas un regard, rien ! Rien !! Je baisse la tête vers le sol, et Angie me fait un bisou sur le front. Nous nous soutenons, comme d'habitude. La matinée passe, elle nous ignore toujours. Je reste avec Angie, je l'ignore, elle m'ignore, alors que nous sommes deux meilleures amies, deux s½urs de c½ur, alors que nous pensions que jamais rien ne nous séparerait ! C'est vraiment trop bête...
Ent
re midi et deux nous mangeons à lame table que Clémence, Anna et Margot, mais voir Clémence faire sa pimbêche et m'ignorant royalement m'insupporte, alors je monte dans les couloirs. Angie me suit. Je vais aux toilettes, puis ressors et vais m'accouder à la balustrade, en regardant dans le vide, les yeux pleins de larmes. Elle me prend par la taille, m'essuie une larme et me retourne vers elle. Elle me souffle un « Ne pleure pas, s'il te plaît... », puis m'embrasse passionnément. Notre premier baiser depuis vendredi. Il me fait oublier Clémence, ses remarques, ses réflexions, tout le monde extérieur. J'entends un bruit derrière nous. Clémence, le visage inexpressif. Je la regarde.

« - Q
uoi, qu'est-ce qu'il y a ?
- Rien,
je ne pensais jamais un jour voir deux lesbiennes s'embrasser, c'est tout. »

E
t elle s'en va. »

L.F.

# Posté le mercredi 03 mai 2006 05:42

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:34

Episode 5

Episode 13
« - Lena, qu'est-ce qu'il s'est passé dans cette salle de bain ?!? T'as invité Mr. Tsunami a prendre le thé ou quoi ?!? »

Monsie
ur Tsunami, à prendre le thé, dans une salle de bain. Non mais franchement, dès fois je me demande où ma mère va chercher tout ça ! En même temps, dès fois en m'entendant parler, on peut s'amener à se poser la même question. Au moins maintenant je sais d'où je le tiens. Bref, j'essaye de chercher une vague explication, quand Hulkette se remet à hurler.

« -Leee
eeeenaaaaaaaaa !!!!!!!!!!!!!!! POURQUOI le téléphone est-il enroulé dans une serviette de bain ?!?!? »

A
ïe... Je ne l'en ai pas sorti ? Oups ! J'étais pourtant sûre de l'avoir fait... Aurais-je des absences ? D'après ce que j'ai entendu Alzheimer se manifeste de plus en plus tôt. Il faut que je pense à croire la presse plus souvent.

«
- Maman, je ne peux pas venir, j'ai un devoir de maths à faire où je ne comprends strictement rien !!!!
-
Débrouille-toi, réfléchis un peu !
- Pff, t'es marrante... Au fait, demain je vais chez Clémence, sa mère nous emmène en ville.
- D'accord, je suppose que je dois te véhiculer là-bas ?
-
Ben... oui !
- Merci
de me prévenir... »

El
le finit de grommeler seule dans la salle de bain et moi je fulmine sur ma prof de maths. Quelle idée d'infliger un exercice pareil à de pauvres collégiens qui n'ont jamais rien demandé à Pythagore, Thalès, Chasles ou n'importe quel autre imbécile de grec qui, il y a des millénaires de ça, n'avaient rien d'autre à faire que de sauter de leur bain au moindre théorème trouvé dans le seul but de torturer les élèves du 21ème siècle. Propriétaire Terrien, tu déconnes, elle a déjà vu des propriétaires Martiens ou Jupitériens dans des exercices de maths ?!? Ça y est, je me retrouve encore à pleurer comme une idiote sur un problème de maths que je n'arrive pas à faire. Je suis trop stressée, je n'en peux plus, alors je me connecte.

« Ange
... : Salut ! Ça va ?
Et
oile de l'Ange... : Si tu veux vraiment le savoir, non ! Le devoir de maths me rend dingue, ma mère me hurle dessus, j'arrive à rien !!!
Ang
e... : Si tu veux je peux venir t'aider ?
Etoil
e de l'Ange... : ça ne serait pas de refus...
A
nge... : ok j'arrive, à tout de suite. »

Angi
e est vraiment génialissime !!! J'adoooooore cette fille ! Je souris jusqu'aux oreilles pendant les dix minutes qui précèdent son arrivée, quand elle sonne enfin à la porte. Je vais ouvrir.

«- Salut
... Merci encore de t'être déplacée...
- Oh, de
rien, je m'ennuyais de toute façon
- Viens on
va dans ma chambre. »

Je l'entraîne dans ma chambre et ferme la porte. On ne parle même pas, je suis bien trop stressée par ce devoir. On le fait donc, mais il nous faut quand même trois bonnes heures. Puis lorsque tout est remballé nous nous installons sur mon lit et parlons enfin.

« - Tu
sais, Lena, pour jeudi... Je ne voulais pas te gêner, je ne pensais vraiment pas que c'était ta bouche que j'avais frôlée, pour moi c'était ton écharpe !
- Je sais
, je sais, t'inquiètes.
- Nous n'aurions jamais
dû... Enfin, je n'aurais jamais dû... Je m'en veux tellement, t'imagines pas !
-
Ehhh, Angie, zen ! Ce n'est pas le drame de l'année ! Ce n'est pas comme si on s'était embrassées !
- C'
est vrai... Et puis aucune de nous deux n'est lesbienne, alors où est le problème ?
- Le probl
ème c'est que... Je l'ai... senti...
- Et alors
? Moi aussi je l'ai senti, même si j'ai cru que c'était ton écharpe !
- Non, je v
eux dire... J'ai... ressenti, quelque chose... Alors du coup maintenant je me pose beaucoup de questions... Est-ce que je suis homo ? Est-ce que je suis amoureuse de toi ? Etc., etc.
- I
l y a quelque chose que tu ne sais pas... Il y a quelque chose que tu ne sais pas... Il y a quelque chose que tu ne sais pas... »

La ton de
sa voix baissait au fur et à mesure qu'elle répétait cette phrase, et elle rougissait de plus en plus, comme si elle allait dire quelque chose de secret, quelque chose de... d'intime...

« - Qu'est-ce que je ne sais pas ?
- Eh bien... Moi, cette question... Si je suis amoureuse de toi... Je me la posais déjà avant... Avant ce Fameux Jeudi... »

Je p
ique un fard magistral. Est-elle en train de m'avouer qu'elle est amoureuse de moi ?! Mon c½ur bat à 1000 à l'heure, je sens ses coups dans ma poitrine, je suis si excitée que ça m'en fait presque mal. Mais pourquoi suis-je si pressée ? Je ne suis même pas sûre de l'aimer !
Je la
regarde, si belle, à quelques centimètres de moi, avec son regard vert planté dans le mien, et la seule chose que j'ai envie de faire c'est de l'embrasser passionnément. J'en conclus que je suis bel et bien amoureuse d'elle.

« - Angie
, je... Je... Qu'est-ce que tu essayes de me dire, là ?
-
Rien, que... Voilà, quoi... Je me demandais simplement si... Enfin, de quelle manière... Quelle est la vraie nature... De notre relation... »

Et si je lui disais ?, comme ça ? « Angie, je suis amoureuse de toi », rien de plus facile ! J'essaye, j'essaye, et pourtant rien ne sort... Elle voit bien que je n'arrive pas à parler, alors elle prend les devants. Cette fille est un vrai ange !

« -
Cette question je me la pose, et je cherche vainement une réponse, que je ne trouve pas...
- T
u me diras quand tu l'auras trouvée... Mais si tu n'as rien ressenti lors de ce baiser c'est clair pour moi que tu ne m'aimes pas... Tu l'as, toi, ta réponse...»

A ces simples mots, les larmes me montent aux yeux. Ça fait si mal de ne pas être aimée réciproquement ?... Oui, je suis amoureuse d'elle, il n'y a plus de doute...

« - Ça
me fait tellement mal, Angie, tu n'imagines même pas... Ça me fait mal parce que... Parce que... Parce que, moi, je crois bien avoir ma réponse...
- Et.
.. C'est quoi ta réponse ?
- Je... Angie, je crois bien que...
- Que ?
»

Dans ses
yeux je lis que je dois continuer, mais les mots ne veulent pas sortir. Alors je ferme les yeux, je respire bien fort et je le dis, comme dans un film, un rôle que je ne joue pas, je n'ai pas l'impression d'être moi.

« Angi
e, je suis amoureuse de toi. »

L.F
.

# Posté le dimanche 07 mai 2006 08:36

Modifié le lundi 23 juillet 2007 00:34

Episode 14

« J'explose littéralement, je n'arrive pas à comprendre... Elle me lance un regard tellement méchant, haineux, et pourtant remplit d'une tristesse que je ne comprends pas. Pourquoi est-elle triste ?! C'est plutôt à moi de l'être non ? Ce n'est pas elle que sa meilleure amie a insultée ! A blessée ! Je la regarde droit dans les yeux, et lance « Cette fois je crois bien que tout est finit entre nous ! ». Puis je monte en salle de musique le plus vite possible. Je regrette d'être partie aussi vite, sans lui avoir donné le temps de répliquer, j'ai l'impression de fuir avec une lâcheté incroyable. Mais en même temps je suis contente de ne pas avoir entendu sa réponse, je ne sais pas si j'aurais supporté un « tant mieux » ou bien si ça se trouve encore une insulte...
Angie
me rejoint, me demande ce qu'il se passe.

« -
Ehhhh, mais pourquoi tu es partie comme ça ?!?
- Clém
ence m'a énervée...
- En
core ?! Mais pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle a fait ?
- Je ne sai
s pas... Rien sûrement, mais j'étais déjà énervée à la base, je me suis défoulée sur elle c'est tout... Je suis lamentable...
-
Bien sûr que non, tu as vu ce qu'elle nous a dit ?! Elle n'avait pas à dire ça c'est tout ! Encore que d'autres personnes nous insultent, ok, mais pas elle, je suis solée ! C'est quand même ta meilleure amie, elle a à te respecter tout comme tu la respectes !
- Je la respecte pas vraiment, sinon je ne l'aurais pas giflée ! Je m'en veux tellement, t'imagine même pas ! »

Je suis encore
une fois au bord des larmes, Angie me prend dans ses bras et dépose un tendre et doux baiser sur mes lèvres. Ça me fait tellement de bien, ça me calme d'une façon inimaginable. La journée se déroule dans cette ambiance, et je rentre le soir chez moi sans avoir adressé une seule parole à Clémence. Son absence me fait mal, j'ai besoin d'elle beaucoup plus que ce que je pensais avant. Je croyais que maintenant que j'avais Angie, elle passait avant tout le monde, mais je me rends compte qu'elle occupe une place particulière et qu'elle ne peut remplacer personne autant que personne ne peut la remplacer.
Une fo
is rentrée chez moi, je suis insupportable. Je défoule ma douleur sur ma famille que je n'ai jamais vraiment aimée et qui ne m'a jamais vraiment aimée. J'explose littéralement et me fais bien exploser en retour. Mon père me hurle dessus que je suis ingrate, qu'il n'en peut plus de moi, de mon égoïsme, de mon ego surdimensionné, que si je suis encore ici ce n'est que pour servir de bonne à tout faire. Dans une colère noire moi aussi, je lui réplique que si je n'étais plus là pour tout faire, plus personne ne ferait rien dans cette maison, que ça serait une vraie porcherie. Il me crie encore plus fort « tu me parles sur un autre ton !!! Je ne suis pas ton chien !! ». Je continue de le regarder droit dans les yeux, en silence, avec mon fameux regard de Dark Vador qui tue. Puis il hurle « et ne me regarde pas comme ça !!! ». Et il m'en colle une. J'encaisse le coup sans broncher, la tête tournée par le choc, et je retourne doucement dans ma chambre sans dire un mot. J'attends d'y être enfermée pour fondre en larmes. Je déteste ma vie, j'ai l'impression d'être sur un immense tapis qu'on tire sous moi, et je tombe, je glisse, sans rien pouvoir faire... Mon destin se dérobe sous moi, le rêve tourne au cauchemar, et je ne sais même pas pourquoi... Ma meilleure amie me laisse tomber, je dois faire semblant d'éprouver seulement de l'amitié pour Angie, ma famille me hait et je hais ma famille...
Au mome
nt où je cale ma tête dans mes mains, j'entends le téléphone sonner. J'ouvre ma porte et le prends, juste devant ma porte. Mes parents ont toujours refusé qu'il passe, du statut « devant ma porte » au statut « derrière ma porte » donc dans ma chambre, et j'ai toujours trouvé cela complètement idiot. Je décroche en un « allô ? » mouillé, et je reconnais la voix de Clémence, tout aussi mouillée, au bout du fil.

« - Lena ?...
- Oui... Qu'es
t-ce que tu veux ? »
- Te.
.. Te parler si c'est possible...
- Tu fai
s quoi là si tu ne me parles pas !? Me parler pour me dire quoi ?
- Pou
r... Pour m'excuser... Je sais que j'ai vraiment été immonde aujourd'hui, je sais que ça t'a fait du mal et à moi aussi... Je ne peux même pas t'expliquer pourquoi j'ai réagit comme ça, j'ai aucune excuse... J'étais désespérément jalouse d'elle, je pensais que maintenant que tu sortais avec elle, elle me prendrait ma place...
- C'
est n'importe quoi Clèm ! Elle, c'est ma petite amie, et toi t'es ma meilleure amie ! Aucune ne remplace l'autre, je m'en suis rendue compte ce soir, tu m'es complètement indispensable...
-
Mais tu sais, en même temps le fait que tu sois lesbienne...
-
Arrête d'employer ce mot, c'est vraiment moche !
- Bon, l
e fait que tu sortes avec une fille, me fait très bizarre... T'es sûre de plus aimer les mecs ?...
- Non, loin
de là ! J'aime les mecs, Angie est juste une exception tu vois ? Si un jour on casse je ressortirais avec un mec...
- Ah, d'ac
cord... Tu sais, moi non plus je pourrais pas me passer de toi ma Lena... »

Quand o
n raccroche elle semble rassurée de penser que je suis bi plutôt qu'homo. Je lui ai dit ça avec le plus de conviction possible, mais d'un côté j'avais l'impression de me mentir... N'empêche que maintenant on est réconciliées, et qu'elle m'a remonté le moral ! M'a fait passer de déprime à joie de vivre, en quelques sortes du noir et blanc à la couleur... »

L.F
.
Episode 14

# Posté le dimanche 14 mai 2006 15:05

Modifié le dimanche 04 juin 2006 07:26